LES BOUSSOLES BÉZARD

NOTA : Cet article traite des boussoles d'origine Bézard et des imitations mais contient encore des lacunes. Nous vous remercions de nous communiquer des informations précises concernant les dates de fabrication des différents modèles. Compassipedia vous serait aussi reconnaissant de lui faire parvenir toute documentation (original ou photocopie) relative à l'histoire ou la technologie de cet instrument.
(Adresse courriel : voir CONTACT).

SOMMAIRE



LA BOUSSOLE BÉZARD – UNE SAGA PRESQUE CENTENAIRE

L'INVENTEUR : JOHANN Ritter von BÉZARD

Cette boussole a été inventée et brevetée par JOHANN Ritter* von BÉZARD, un officier (d'origine polonaise ?) servant dans l'armée impériale autrichienne.

* Ritter : titre de noblesse signifiant Chevalier.
NOTA : Le prénom de l'inventeur (Johann) apparaît sur la version française entre parenthèses et son titre de noblesse Ritter a été pris par erreur pour une partie de son nom, alors qu'il a été traduit et placé en apposition dans la version anglaise (Knight). Dans les catalogues des brevets, il est répertorié à la lettre R (Ritter) !

Un curriculum vitae (fichier pdf - lien encore inactif) se trouve en version originale (polonais) sur le site de la fondation "Fundacja Tadeusz Kosciuszki" du musée d'Histoire de Kielce en Pologne (voir dans les LIENS). Une traduction en français est en cours.
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LE BREVET

NOTA : L'instrument décrit dans le brevet d'origine ci-dessous a été commercialisé (ou fabriqué) entre autres en France par l'horloger de marine J. Auricoste. Le brevet pour l'Empire allemand (n° 157.329) date du 25 novembre 1902 (photo de gauche). Johann von Bézard n'était alors que capitaine. Son grade augmentera au fil du temps dans divers documents, passant de Hauptmann (capitaine) lors de la dépose du brevet, à Major (commandant) puis enfin à Oberst (colonel). Il est précisé dans le texte que son domicile était alors Neusohl, alors en Hongrie, aujourd'hui Banska Bystrica en Slovaquie.

La Sté des Lunetiers proposait déjà en 1907 deux versions : l'une simple à boîtier en bois (conforme au brevet , voir Auricoste) et l'autre avec miroir et boîtier en aluminium. 


La face arrière des premiers modèles indiquait, en dessous du numéro de série, le numéro du brevet ainsi que l'abréviation D.R.P. (Deutsches Reichs-Patent, brevet de l'Empire allemand).

Le système fut breveté dans la foulée dans divers pays dont l'Empire Austro-Hongrois, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse et le Canada (voir ci-dessous). Il est précisé sur une boîte et dans un catalogue de la Société des Lunetiers (S-L) daté de 1907 que le système était également breveté en Russie et au Japon mais nous n'avons malheureusement pas de copie de ces documents.

Les germanistes noteront que la désignation de l'instrument en allemand est différente dans chacun des trois pays de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse) !
On notera également pour la petite histoire, que le brevet français a été accordé à M. RITTER von BÉZARD, le préposé à l'enregistrement des brevets ayant pris le titre de noblesse (Ritter veut dire Chevalier) pour une partie du patronyme alors que la version anglaise le traduit bien par Knight. La révolution était passée par là...
Brevet pour l'Empire Austro-Hongrois
N° 11413 (15 févr. 1903)



Brevet pour la Suisse
N° 27.752 (13 nov. 1902)
Brevet pour la France
N° 326.536 (12 nov. 1902)



(extrait 1ère et 3e p.)
Brevet pour la Grande-Bretagne
N° 24.874 (17 sept. 1903)

Brevet pour le Canada
N° 90.148 (1904)
(cliquer sur la photo pour
voir la page du brevet)

DESCRIPTION

Cette boussole était officiellement désignée sur les boîtes (voir plus loin) "Diopter-Orientierungsbussole". La version française du brevet s'intitule "boussole dioptrique de campagne" c'est-à-dire boussole à alidade. Dans les pays de langue germanique elle devint très vite célèbre sous le nom de "Bézard-Kompass" ou boussole Bézard. Elle fut tout d'abord adoptée dans l'armée impériale autrichienne puis plus tard en Allemagne suite à un intense lobbying.
Seule la France semble avoir produit la version de base à boîtier en bois (voir plus bas : J. Auricoste).

On peut la voir tenue en main par l'explorateur austro-hongrois, le comte László Ede Almásy dans des prises de vue datant du début des années 1930. Almásy avait exploré le Sahara libyen où il avait découvert les fameuses fresques pariétales. Sa vie fut relatée dans le film d'Anthony Minghella "Le patient anglais". (Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Cette scène qui ne dure que quelques secondes visait vraisemblablement uniquement un but publicitaire. Une opération de relèvement dure beaucoup plus longtemps car en un laps de temps aussi bref, l'aiguille ne s'immobilise pas !

NOTA : Cette photo extraite du film "Le Sahara - un paradis perdu", a été gracieusement mise à notre disposition par la société de production ScienceVision © www.sciencevision.at qui nous a signalé en outre qu'il ne s'agit pas de la prise de vue originale mais d'une mise en scène moderne.
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LES DIVERS MODÈLES

Le brevet décrit un boîtier en bois (voir la boussole à main de J. Auricoste). Ces boîtiers sont extrêmement rares. On trouve plus souvent des exemplaires réalisés en un matériau appelé en allemand Hartgummi (caoutchouc durci) dans la documentation d'accompagnement du fabricant. Les modèles ultérieurs furent réalisés en aluminium. Le grand modèle de base était appelé Armeemodell 1910 II (on voit aussi la désignation Spiegelmodell 1906, modèle à miroir de 1906). Le diamètre de la rose était de 55 mm et la règle à la base du couvercle mesurait 50 mm. Elle existait en version civile (division de la rose en 360 degrés) et en version militaire (6400 millièmes).
Cette graduation pouvait être commandée en sens horaire (dans le sens des aiguilles d'une montre) ou anti-horaire (sens inverse des aiguilles d'une montre). Le petit modèle (Armeemodell 1910 I, 45 mm de diam. et règle de 40 mm) était livrable avec (I S) ou sans (I) miroir et uniquement gradué en 360 degrés.
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LES LOGOS

La boussole Bézard était fabriquée par la société allemande de Stuttgart Georg LUFFT, qui fabrique encore aujourd'hui des baromètres.
Son logo représentait à l'origine un compas à dessiner (boussole se dit Kompass en allemand et compass en anglais) entre les branches duquel les initiales (G et L) étaient entrelacées.



Le logo le plus ancien
(voir exemple ci-dessous, Tchécoslovaquie)
Plus tard, LUFFT a remplacé le logo G-L par le nom du fondateur écrit en lettres gothiques, resté inchangé jusqu'à aujourd'hui.
L'inscription sur le verre du cadran changea aussi au cours de la fabrication. On trouve ainsi Patent Bézard (Brevet Bézard) et Original-Bézard.
Au dos du boîtier apparurent tour à tour les inscriptions Original-Bézard et Bézard-Kompass dans différentes langues


(Cliquer pour agrandir)
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AIGUILLES ET FLÈCHES


L'aspect de la rose et de l'aiguille a connu deux formes foncièrement différentes.
À g. : sur le modèle d'origine, l'aiguille était une flèche de forme identique à celle fixée dans le couvercle par deux vis. Elle consistait en une flèche en carton léger, fixé par de la cire à une aiguille aimantée. Sous la rose graduée, un masque présentait une découpe correspondant très exactement à la forme de la flèche.
Deux traits de peinture au radium délimitaient l'échancrure au niveau du repère NORD de la flèche, lui-même à cheval sur un trait de peinture au radium. Ce dispositif permettait de les mettre en parfaite superposition même dans une relative obscurité.

La version Armeemodell 1910 II avait encore une déclinaison fixée sur environ 9 degrés Ouest, une valeur moyenne pour le centre de l'Allemagne au début du 20e siècle.


Le repère de cap sur le Modèle II n'était à l'origine qu'un trait de peinture rouge tracé sur une plaquette en celluloïde placée entre la charnière du miroir et le boîtier.
Sur les versions ultérieures, la flèche en papier fut remplacée par une aiguille conventionnelle. Le repère sud du disque en celluloïde était constitué d'un cercle lumineux dans lequel l'observateur devait placer l'extrémité SUD de l'aiguille se terminant elle-même par un petit disque luminescent.
Une boussole Bézard Modèle I. Le repère de cap est une simple languette métallique (version export en français).
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MODE D'EMPLOI

La boussole Bézard était de conception entièrement nouvelle et apportait de nombreuses innovations. Ceci explique qu'elle fut souvent copiée (voir en fin d'article le paragraphe sur les imitations).

Sur les versions ultérieures, le texte fut modifié en ORIGINAL-BEZARD écrit en noir sur fond blanc (luminescent) ou même sans fond lumineux. La dernière version réalisée était à amortissement liquide, le bandeau portait en anglais la mention FLUID BEZARD entre deux lignes blanches.
Les nouveautés par rapport aux autres modèles courramment utilisés étaient les suivantes :
- le couvercle comportait, ménagées dans ses parois latérales, deux fentes qui permettaient de viser un objectif avec précision.
- parallèlement, le cadran de la rose pouvait être observé dans un miroir articulé.
Malgré tout, son maniement était sensé être simple comme l'indique le texte affiché dans les boîtes (voir plus bas).
Le cadran présentait un bandeau rouge orienté ouest-est. Il était composé d'un cartouche contenant les mots PATENT BEZARD (Brevet Bézard) délimité à ses extrémités par les initiales des points cardinaux (W et O pour WEST et OST en allemand).
Ce bandeau était un élément essentiel pour le maniement de la boussole. En conjonction avec la carte topographique, il s'agissait de maintenir ce bandeau parallèle aux toponymes inscrits sur la carte, lesquels sont toujours placés sur un axe ouest-est, et de faire pivoter le boîtier pour placer la base du couvercle sur l'axe de la route à suivre pour rallier un objectif à partir de la position présente.

Croquis : La boussole Bézard posée sur une carte
Lorsqu'on se déplaçait, il suffisait de tenir la boussole de telle manière que la pointe nord de l'aiguille soit orientée face au repère NORD magnétique. La déclinaison était fixée à 9 degrés sur la version Armeemodell 1910 II mais elle pouvait être adaptée au lieu d'utilisation sur les modèles ultérieurs (voir plus bas). Le sens de la marche était indiqué par la flèche lumineuse fixée par deux vis dans le couvercle et par le mot DIREKTION (ou RICHTUNG, DIRECTION) barré d'une flèche, gravé sur la face extérieure du couvercle.
Pour relever la position d'un objectif, il fallait tenir la boussole à hauteur des yeux et viser l'objectif au travers des fentes du couvercle. Le miroir incliné à environ 45 degrés réfléchissait l'image de la rose et de l'aiguille. Il fallait ensuite faire tourner la capsule jusqu'à ce que l'aiguille en forme de flèche et la découpe correspondante (ou le repère sud de l'aiguille dans le cercle de la rose) soient parfaitement superposées. La valeur du relèvement se lisait grâce à un repère (trait rouge) fixé au pied articulé du miroir. Ce dispositif fut remplacé plus tard par une languette métallique placée verticalement dans une fente de la charnière et traversée par l'axe de rotation du miroir.
Observation d'un objectif. La boussole pouvait être fixée à une branche ou une canne à l'aide d'une fixation spéciale (Richtklemme).
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LE COUVERCLE

Couvercle en aluminium corrodé marqué DIREKTION

Couvercle en acier inoxydable marqué RICHTUNG

L'une des séries (destinée à l'Autriche ?) affichait le mot RICHTUNG au lieu de DIREKTION. La typographie est intéressante : les barres horizontales du H et du T sont inclinées et alignées sur un même axe comme les lettres runiques gravées dans les lignes tendres du bois.

Nota : ce qui ressemble à des points de chaque côté du mot RICHTUNG sont en fait les vis de fixation de la flèche en carton.
Les premiers modèles possédaient un couvercle en aluminium qui s'oxydait facilement (photo de gauche). Il fut remplacé par un couvercle en acier inoxydable. À partir des années 1950 (date exacte ?), il fut peint en vert militaire pour les armées allemande et française et pour la police des frontières allemande (BGS).
La base du couvercle du grand modèle II comportait dès l'origine une réglette gravée de 50 mm de longueur. La réglette de 40 mm n'apparut selon tout vraisemblance sur le petit modèle I qu'après la 2ème G.M.
La face externe du couvercle porte le mot DIREKTION (ou DIRECTION mais aussi RICHTUNG) traversé d'une flèche indiquant le sens de la marche. Sur la face interne, une flèche lumineuse en carton est fixée à l'aide de deux vis. Sur les versions militaires (appelées aussi "R" pour radium), elle portait aussi un trait de peinture autoluminescente.

Un modèle spécial de type intérimaire possédait en plus une tirette fixée à hauteur du zéro de la règle et terminée par une pointe acérée permettant de la planter sur une carte pour mieux repérer le début de la distance mesurée.

Tirette à pointe marquant le zéro de la réglette (cliquer pour agrandir).
Les fentes du petit modèle I S fabriqué après la Seconde Guerre mondiale se terminaient vers le bas comme le guidon et la mire d'une arme à feu (photo de gauche : modèle I S, env. 1960)

Le modèle II possède en plus deux pinces servant à fixer une réglette de 10 cm.
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LA RÉGLETTE DE 10 cm

Les déplacements dans l'obscurité étaient facilités grâce a une réglette de 10 cm qui se fixait dans des supports à la base du couvercle. Les plus anciennes possédant deux traits de peinture au radium qui furent supprimés après la 2e Guerre Mondiale. La version de l'Armée Française (mod. 1954) avait une réglette sans traits de peinture. La forme des supports changea dans le temps : d'abord plats sur les premiers modèles à boîtier bakélite, ils furent ensuite à deux niveaux et avec des vis plus grosses sur les boîtiers en aluminium.
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LE MIROIR

Il a existé en trois versions différentes. Sur le grand modèle II (photo de g.), il était soudé à une moitié d'une charnière dont l'autre était fixée par deux vis au boîtier en bakélite.
Les modèles postérieurs formaient eux-mêmes une partie de la charnière (photo de droite). Sur le grand modèle, il n'était pas rond comme sur le petit modèle I S (la lettre S est l'initiale du mot allemand Spiegel, miroir), mais elliptique avec un ergot permettant de le relever plus facilement avec l'ongle. Son articulation était située sur le côté, près de celle du couvercle. Le dernier modèle produit (BUK FLUID, photo de droite), avait en plus une petite échancrure en croissant de lune sur le bord.

Grand modèle II

Petit modèle I S

BUK FLUID

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LA GRADUATION EN MILLIÈMES

(Pour tout ce qui concerne l'utilisation des millièmes, se reporter au chapitre DIVERS, Les divisions).
Dans le premier manuel du Major Gallinger (1929, p. 8, Fig. 5, voir plus loin, chapitre Documentation technique) il est dit que la graduation en millièmes avait le repère 0/6400 face au sud et la marque 3200 au nord pour être "en conformité avec les instruments et équipements utilisés dans l'artillerie et les armes lourdes de l'infanterie".




Version  intermédiaire:

Quatre ans plus tard, Gallinger signale dans son deuxième manuel de (1933, p. 8, fig. 3) par un addendum (étiquette rouge), que la boussole est aussi disponible avec le zéro face au repère nord, compte tenu des nombreuses demandes de la clientèle.


Le cadran des versions militaires des années 30-40 avait des marques au radium placées à 45° et 90° de part et d'autre de la ligne N-S
(idem Winterer).

...


Rose de la boussole repérée RICHTUNG

Afin de satisfaire les besoins des différents utilisateurs, une solution intermédiaire fut proposée à la fin des années 1920 :
une rondelle d'aluminium sur laquelle était gravée une rose graduée en millièmes pouvant être intercalée entre le verre et la rose en degrés. Elle était évidée en son milieu de manière à ne masquer que l'échelle en degrés mais pas les points cardinaux. Le verre s'enlevait aisément ce qui permettait de placer la rose en millièmes au choix avec le zéro face au repère Nord, soit face au repère Sud. Par ailleurs, on pouvait dans le même temps corriger la position de la rose en celluloïde pour tenir compte de la déclinaison qui avait diminué d'environ deux degrés depuis la conception et la réalisation des premiers modèles au début du siècle.
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CORRECTION DE LA DÉCLINAISON MAGNÉTIQUE

Sur le modèle amélioré (fin des années 1930), la déclinaison pouvait être adaptée en fonction du lieu d'utilisation. Sous le verre de la capsule, deux disques en celluloïde superposés pouvaient être décalés l'un par rapport à l'autre. L'un portait les graduations et l'autre (situé en dessous du premier) des repères lumineux correspondant aux points cardinaux, c'est-à-dire un trait pour le nord magnétique et un cercle pour le sud. Il suffisait de placer le trait en face de la valeur locale du nord magnétique. Cependant ce procédé était assez fastidieux : il fallait déposer puis remettre en place trois vis minuscules et une tige-ressort (jonc de 1 cm de long, non visible sur la photo).

A dr.: L'une des trois vis
Boussole démontée :
en bas, les
deux disques en celluloïde.
Sur le modèle BUK III, la correction de la déclinaison magnétique s'effectuait plus aisément sans devoir démonter la boussole : une petite tige attachée à une cordelette permettait de bloquer en rotation le disque inférieur grâce à un orifice situé sous l'articulation du miroir et il suffisait de faire tourner la capsule pour régler la rose sur la bonne valeur.

Réglage simplifié de la déclinaison magnétique sur la boussole BUK III
Le brevet de Jakubowski
Un système permettant d'adapter la déclinaison magnétique fut développé en 1933 par Olgierd Jakubowski (Varsovie, brevet n° 20963*). Un disque rotatif équipé d'une réglette coulissante et placé sous la capsule pouvait être décalé de la valeur de la déclinaison. La réglette escamotable était utilisée de la même manière que le bandeau orienté est-ouest de la Bézard. La réglette servait en même temps à verrouiller l'aiguille en position haute à la fermeture.  
*Trad. en allemand disponible
Comparer avec le Mle 1922 de DOIGNON

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DESIGN DE L'ANNEAU DE FIXATION

Les premiers modèles avaient un anneau rond ou ovale fixé à une bélière comme sur les montres de gousset. Plus tard (après la Seconde Guerre mondiale), il fut remplacé par un étrier riveté, moins joli, meilleur marché mais plus résistant. Beaucoup de couvercles avaient cependant encore le perçage prévu pour la béliere.  
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LA BOUSSOLE "BUK" (BÉZARD UNIVERSALKOMPASS) - Versions II et III

Le modèle le plus évolué destiné aux randonneurs ambitieux et aux soldats était désigné Bézard-Universalkompass (BUK). Les fentes de visée possédaient deux fils transversaux à mi-hauteur qui formaient ainsi deux réticules. Grâce à eux, au niveau à bulle placé dans la capsule et au clinomètre pendulaire qui équipait le couvercle, on pouvait faire des levés assez précis en trois dimensions et même pointer grossièrement une arme en gisement et en site.

Le principe de l'UBK reprend celui du brevet d'une boussole d'artillerie n° 80134 déposé en septembre 1917 par Erich Wolf.

 

L'UBK II et sa réglette pliante
graduée en millièmes et centimètres
La table de conversion au dos du boîtier et le réticule dans le couvercle

 


Pointage d'une mitrailleuse à l'aide de la boussole Bézard

(Cliquer sur l'image pour voir le détail)
La réglette pliante en millièmes et cm :




L'UBK était livrée avec un acccessoire permettant d'estimer rapidement sans calcul la distance d'un objectif, une réglette partiellement graduée en millièmes et en centimètres. Elle était constitué de deux branches articulées de 80 mm chacune.

Les divisions correspondaient à des centimètres mais elles portaient une graduation en millièmes sur les 100 premiers mm, le reste étant gradué en mm. Cela donnait ainsi :
0-20-40-...-200-11-12...

La réglette pliante était rattachée à la boussole par une cordelette et devait être tenue à environ 50 cm de l'œil. La procédure (pour un droitier) était la suivante : tenir la réglette dans le poing droit fermé en laissant dépasser vers la gauche l'extrémité portant le début des divisions. Mettre le zéro à hauteur du bord gauche de l'objet visé et repérer la valeur correspondant à son bord droit avec l'ongle du pouce (voir croquis du haut, à droite). La condition préalable à toute mesure était qu'un des paramètres devait être connu ou facilement estimable : si l'observateur veut connaître la distance qui le sépare de l'objectif, il doit alors en estimer les dimensions (maison, véhicule, etc.) par exemple en fonction de la taille moyenne d'une personne. Si pour une maison d'environ 20 m de largeur on mesure 20 unités, alors elle-ci se trouve à 1 km, vu que 1 unité égale 1 m à 1 km. Procéder de manière analogue (la pointe en l'air) pour les objectifs verticaux (croquis du bas). Croquis extrait du manuel de R. GALLINGER "Der Bézard-Kompass" (1933) :

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LE MODÈLE À AMORTISSEMENT LIQUIDE FLUID-BÉZARD

Le dernier modèle commercialisé jusqu'en 1996 par LUFFT était une version à amortissement liquide appelée FLUID BÉZARD.
Ces deux mots remplaçaient la mention précédente (ORIGINAL BÉZARD) qui avait été utilisée sur une première version.
La version ultérieure était équipée de l'aiguille Bézard typique  mais en plus de la superposition du disque et du cercle pour l'extrémité sud de l'aiguille, la position de son extrémité nord était repérée par deux traits diagonaux. Ce modèle a aussi existé en version bracelet.



Vue de dessous
La première version des modèles à amortissement liquide possédait encore la barre transversale classique et une aiguille rouge et blanche, la capsule était probablement fournie par WILKIE car cette société avait maîtrisé trés tôt la technologie de l'amortissement liquide (années 1950?).

(Photos transmises par un collectionneur particulier)

Boîtier et couvercle étaient en aluminium émaillé vert de gris.


Version militaire UBK
Les mots FLUID BEZARD sont en blanc

(Cliquer pour agrandir)


Modèle "Bw"
(Bundeswehr = Forces Armées de la RFA)
(Fiche technique: voir Boussoles Bracelet)
(Photo Ted Brink
voir LIENS, Boussoles militaires)
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LES BOÎTES ILLUSTRÉES

Les deux modèles (Armeemodell 1910 I et II) étaient livrés dans des boîtes en carton dont les illustrations complétaient le manuel. Une photo prise devant un miroir montrait la bonne façon de tenir la boussole. Des croquis, différents selon les modèles, visaient à démontrer la facilité d'utilisation de l'instrument. Le croquis du modèle I était un peu plus simple que celui du modèle II. Quelques exemples :
Le petit modèle (Armeemodell 1910 I)
Dessus du couvercle



L'intérieur du couvercle et le fond de la boîte

Comment contouner un obstacle
en changeant seulement trois fois de cap


A dr. : la peinture autoluminescente au radium des flèches du couvercle et de la rose
(Noter que la photo a été découpée en forme de B comme Bézard...)
Le grand modèle (Armeemodell 1910 II)



La photo à l'intérieur du couvercle montre comment tenir la boussole.


(La face inférieure du boîtier présente la même illustration que la boîte du petit modèle I)
Croquis : comparaison d'un trajet prescrit avec celui parcouru par un utilisateur ayant été formé en 20 minutes seulement (point 3)
Von einem in 20 Minuten hiezu ausgebildeten Handlanger aufgenommen
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LES SACOCHES EN CUIR


La plus ancienne : noire, nervurée, couture bord-à-bord

La plus soignée :
Marron, cuir lisse, couture (bord sur angle?)
La dernière version :
Marron vernis, type box calf ?

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BIBLIOGRAPHIE ET DOCUMENTATION TECHNIQUE

- Manuels de familiarisation et pour professionnels

Les deux ouvrages les plus importants sont les manuels édités par l'Autrichien Major Rudolf Gallinger. Ce dernier faisait à partir de Graz (Autriche) le commerce des boussoles, des accessoires et de leur documentation technique.

La boussole Bézard
en tant qu'aide pour l'orientation et le combat, 152 pages, édité à compte d'auteur, 1929
La boussole BÉZARD
40 exemples d'orientation pour randonneurs et skieurs, 41 pages, édité à compte d'auteur, 1933

- Modes d'emploi fournis avec la boussole

En plus des croquis décorant les boîtes, une notice de l'utilisateur détaillée accompagnait la boussole. Il en a existé plusieurs types selon les époques. Voici une petite sélection (liste non exhaustive) :

  • - "Nachts leuchtende Orientierungs-Bussole. Patent Major v. Bézard", 16 p., prix en Couronnes (Autriche), Mark (Allemagne) et Francs suisses, imprimé en lettres latines, sans indication d'auteur (sans doute années 1930)
  • - Patentierte Orientierungs-Bussole nach Oberst von Bézard, par Dipl.-Ing. Hans EBER, 19 p. imprimé en lettres gothiques, Imprimerie de l'Université, éditeur Dr. C. Wolf & Sohn, Munich Jungfernturmstr. 2, (avant 1945 ?)
  • - BÉZARD Boussole, Orientierungs-Boussole Patent Bézard, sans indication d'auteur, imprimé en lettres latines avec des motifs de couleur rouge sur la page de couverture, 11 p. (version civile pour l'Autriche ?)
  • - Original-Bézard-Kompass (G. Lufft Metallbarometerfabrik GmbH), 12 p., années 1950 (?), pour les modèles I S et II.
  • - Universal-Bezard-Kompass (G. Lufft Metallbarometerfabrik GmbH), 8 p., années 1950 (?), pour l'UBK seulement.
  • - Essai : Orientierungsbussole Bézard von Major A. Staubwasser, Kriegstechnische Zeitung (Journal de l'Armée), 1913, cahier 10, imprimé séparément par Mittler und Sohn, Berlin W, Kochstr. 48 (le Cyber-Musée n'en possède malheureusement aucune copie).
  • - Essai - plaidoirie pour l'adoption de cette boussole dans l'armée allemande - paru dans une revue militaire : „Wegerkundung“ (initiales de l'auteur: B. H. R.)
Pour l'exportation vers la France, une notice (très mal traduite) était jointe aux modèles exportés avant la seconde Guerre mondiale. La notice des boussoles de l'Armée Française était bien meilleure.

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LES CLIENTS

Plusieurs armées d'Europe l'ont adoptée.
La BUK fut même pendant longtemps l'instrument préconisé par le club alpin allemand (Deutscher Alpenverein, DAV).

En Allemagne, le couvercle portait la mention BUND (Fédération) dans la BUNDESWEHR (armée de la RFA) et BGS dans les unités de surveillance des frontières (BUNDESGRENZSCHUTZ) devenues aujourd'hui la Police Fédérale (Bundespolizei).

La graduation de la boussole du BGS : 6400 mill.



Le Cyber-Musée des Boussoles et Compas est à la recherche d'une boussole originale de la Bundeswehr. Nous prions le vendeur d'Ebay de nous autoriser à utiliser cette photo.
FRANCE (Armée Française, AF)

 

Boussole, étui en cuir et manuel de l'utilisateur
La boussole de l'AF existait avec les deux types de graduations : 360 degrés et 6400 millièmes.

Equipement des troupes françaises en Indochine et en Algérie (conflits de 1946 à 1954 et de 1957 à 1962)
(Merci d'avance à tout visiteur en possession de plus détails sur la dotation des unités de nous faire partager ses connaissances).

COMMENTAIRE : une question intéressante serait de savoir si la France a obtenu de LUFFT ces boussoles à des conditions défiant toute concurrence après la seconde Guerre Mondiale (au titre de réparations ?). Cela aurait donné le coup de grâce à l'industrie des boussoles en France. Mais quand on compare le Modèle 1922 à la boussole Bézard, il est évident que technologiquement, il ne faisait pas le poids.
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Le couvercle et le cadran des versions export étaient adaptés à la langue du pays acheteur :
Photo de droite: FRANCE (version civile 1930-35 marquée "BREVET BÉZARD")



ROUMANIE
(DIRECŢIA)



Il existait deux modèles, l'un marqué Original-Bézard, l'autre Busola-Bézard sous le boîtier :



La rose des deux modèles était graduée en 6400 mill. et identique à la version allemande, seuls les points cardinaux différaient :



(cliquer pour agrandir)
PAYS-BAS (version civile 360° moderne):
inscription sur l'axe ouest-est du cadran

Gravure au dos du modèle ancien :
.
Photo : Ted Brink - voir d'autres exemples de boussoles ho,llandaies sur son site www.collectingmilitarycompasses.tr
POLOGNE
Le mot ORIGINAL était écrit en polonais ORYGINALNY


YOUGOSLAVIE
Seuls les points cardinaux sont en serbocroate

TCHÉCOSLOVAQUIE
Version arborant plusieurs Logos :
Photo de g. : les armoiries de la Tchécoslovaquie (lion inscrit dans un carré posé sur un coin) entre les désignations d'unités militaires (P.18.7 ... 23)
Photo de dr. : le logo de LUFFT au-dessus d'une rose des vents en forme de cylindre applati.

  
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LES IMITATIONS

Dans certains pays où la siociété allemande LUFFT n'exportait pas ses modèles, il semble que des entreprises locales de renom aient réalisé (sous licence ?) des versions adaptées sous leur propre nom comme Cornelius Knudsen au Danemark ou GAMMA en Hongrie. D'autres instruments qui ne sont pas absolument identiques sont de simples imitations comme les versions tchèque (ŠP), hongroise (MOM/41), est-allemande (FPM) et roumaine (I.O.R.).
DANEMARK
Fabricant : Cornelius Knudsen - Kiøbenhavn (Copenhague), célèbre opticien de marine.
Comparer à la version hollandaise en bas de page.



Dimensions identiques au petit modèle I (sans miroir). Graduations : 6400 millièmes sens antihoraire. Les nombres ronds (1000, 2000 etc.) sont écrits en entier. Les points cardinaux sont en allemand. Numéro 1323. Pas de règle graduée à la base du couvercle. Autres marquages : une couronne royale au-dessus des lettres HV (administration de l'armée de Terre ?). La typographie du mot RETNING (direction) est identique à celle des Bézard d'origine. Le nom du fabricant indiqué sous le boîtier entoure un écusson surmonté d'une couronne et arborant un compas et une équerre. Le texte du bandeau transversal aligné sur l'axe ouest-est (W-O) indique : FELTK. / M. 1928 (boussole de campagne / Modèle 1928).

 
ALLEMAGNE (anc. RDA) :
Fabricant: FPM Freiberger Präzisionsmechanik

Pour les détails, se reporter à la catégorie boussoles à main.

>
FRANCE : J. Auricoste

Pour les détails, se reporter à la catégorie boussoles à main.

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TCHÉCOSLOVAQUIE
Fabricant : "ŠP"
Fiche technique
- Graduation : 360 degrés, sens horaire
- Règle : 50 mm
- Poids : 70 g
Le miroir possède un ressort à lame qui permet de l'immobiliser incliné à 45 degrés.
TCHÉCOSLOVAQUIE
Fabricant : non identifié (SMĚR signifie DIRECTION)
Boussole équipée d'un miroir pouvant pivoter sur environ 180 degrés

(Cliquer sur la photo pour déclencher une séquence animée)


(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
La face externe du couvercle présente les valeurs de déclinaison pour quelques villes d'Ouest en Est, depuis la frontière allemande (Cheb / Eger) jusqu'à la frontière ukrainienne (JASINA) en passant par Prague (PRAHA) valables pour l'année 1938.
La réglette permettait de lire directement les distances sur les cartes militaires au 1/75 000e : une division mesure 1,33 mm ce qui équivaut à 100 m sur le terrain.
Le couvercle est en outre équipé d'une ferrure-support sans doute destinée à la fixation sur un affût d'arme à feu.

Fiche technique
- Graduation du cadran (photo: cliquer sur lien): 6400 millièmes, sens horaire
- Diamètre : 45 mm
- Poids : 145 g
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ROUMANIE
Fabricant : I.O.R.
Pour les détails, se reporter à la catégorie Boussoles à main
PAYS-BAS / HOLLANDE
Fabricant: non signé

Le boîtier est quasiment identique au modèle danois (plus haut).

Photo Snyder's Treasures
HONGRIE 
(IRÁNY = DIRECTION)

La plus ancienne version (petit modèle sans miroir) a été fabriquée à notre connaissance par GAMMA. Il exista par la suite deux versions du grand modèle militaire fabriqué à l'origine par la société MOM (cliquer sur les liens pour lire les articles complets) rebaptisée par la suite  Usine n° 41.
Photos (g. et centre) : MOM - (dr.) : GAMMA
   
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