NOTA : Cet article traite des
boussoles d'origine Bézard et
des imitations mais contient encore des lacunes. Nous vous remercions
de nous communiquer des informations précises concernant les
dates de fabrication des différents
modèles.
COMPASSIPEDIA
vous serait aussi
reconnaissant de lui faire parvenir toute documentation (original ou
photocopie) relative à l'histoire ou la technologie de cet
instrument.
(Adresse courriel : voir CONTACT).
SOMMAIRE
| 1ère
Partie -
Technique
|
2ème
Partie -
Documentation
Portrait de l'inventeur en
uniforme
de colonel de l'armée polonaise
(cliquer
pour agrandir):
|
|
La Boussole
Bézard : une saga presque centenaire
Cette boussole a été
inventée et brevetée par Johann
Ritter* von
BÉZARD (né en 1871 - dcd probablement
après 1946), un officier
(d'origine polonaise) servant dans
l'armée impériale austro-hongroise.
Il enseignait la topographie et la technique de reconnaissannce dans
les écoles de guerre de Vienne de 1905 à 1910.
Officier du régiment des
chasseur impériaux tyroliens (
Tiroler
Kaiserjäger),
il fut fait prisonnier au cours de la 1ère Guerre mondiale
et resta
interné jusqu'en 1918. En raison de son mauvais
état de santé (grippe
espagnole), il fut échangé contre des prisonniers
russes. Après
l'effondrement de l'Empire, il retourna en 1919 dans sa patrie
d'origine et
reprit son nom de baptême Jan Bezard. Il
intégra l'Armée polonaise nouvellement
créée et
participa activement
à la guerre contre la Russie (1921-22), terminant
sa
carrière
avec le grade de colonel d'état-major.
Photo
:Dossier complet sur J. v.
Bézard

Photo
de dr. : document historique :
Erinnerungen
an die
Jahrhundertfeier der Tiroler Kaiserjäger 1816-1916
(
Souvenir de la
commémoration du 1er centenaire d'existence du
régiment de chasseurs impériaux tyroliens)
Cahier de 11 pages imprimé après la
1ère GM en 1920 contenant les quatre pages du document
d'origine avec en plus des explications quant à sa
réalisation dans un camp de prisonniers à
Irkoutsk en Sibérie et un plaidoyer en faveur des officiers
qui s'étaient engagés et sacrifiés
pour améliorer les conditions de vie des hommes du rang.
Ceci n'a rien à voir avec la boussole mais c'est un
témoignage important car on peut y voir la
signature
de l'inventeur (
nota:
les quatre lettres "Obst" après le nom
sont l'abréviation de son grade de colonel, en
allemand
Oberst).
(Cliquer
pour agrandir - Fac
simile du document complet
disponible sur demande)
Un curriculum
vitae (fichier pdf) se trouve en
version originale (polonais) sur le site de la fondation "Fundacja
Tadeusz Kosciuszki" du musée de Kielce en Pologne
(voir dans les LIENS). Une traduction en français peut
être fournie sur demande.
* Ritter : titre de noblesse signifiant
chevalier,
hérité de son père qui avait
été fait membre
de
3ème
classe dans l'Ordre
de la Couronne de Fer, ce qui lui conférait ce titre de
noblesse
héréditaire.
Anecdote :
Le prénom de l'inventeur (Johann)
apparaît sur la version française du brevet entre
parenthèses et son titre de noblesse Ritter
a été pris par erreur pour une partie de son nom,
alors qu'il a été traduit et placé en
apposition dans la version anglaise (Knight).
Dans les catalogues français des brevets, il est
répertorié à la lettre R (Ritter).
Le brevet pour l'Empire allemand (voir ci-dessous
à g.).
Johann von
Bézard n'était alors que capitaine. Il est
précisé dans le texte que son domicile
était la ville de Neusohl située alors en
Hongrie.
Après la 1ère Guerre Mondiale et la dislocation
de
l'empire Austro-hongrois, cette ville devint Banska
Bystrica et se situe maintenant en
Slovaquie.
Les premiers modèles à socle en bois
étaient
commercialisés par Bézard lui-même
(prix et adresse
pour la commande sont indiqués dans le document Streffleurs
Milit. Zeitschr.). Les instruments étaient probablement
réalisés par un atelier viennois. La fabrication
et la
commercialisation furent repris par la Sté allemande LUFFT
à partir de 1910. La protection du brevet étant
limitée
à 15 ans, la
société LUFFT n'a donc eu à verser des
droits que
jusqu'en 1917 environ. Ceci marque sans doute la transition entre la
mention d'origine PATENT BÉZARD (brevet Bézard)
et celles
qui suivirent, ORIGINAL BÉZARD sur la face avant et
Bézard-Kompass au dos.
NOTA : L'instrument décrit dans le brevet
d'origine ci-dessous a
été commercialisé entre
autres en France
par l'horloger de marine J.
Auricoste
et la Sté des Lunetiers (S-L).
Brevet
pour l'Empire allemand
N° 157.329 (25 novembre 1902)

|
|
La
face arrière
des premiers modèles indiquait, en dessous du
numéro de série, le numéro du brevet
ainsi que l'abréviation D.R.P. (Deutsches Reichs-Patent,
brevet de l'Empire allemand).
 |
Le système fut immédiatement breveté
dans divers pays dont l'Empire Austro-Hongrois, l'Allemagne, la France,
la Grande-Bretagne, la Suisse, les Etats-Unis et le Canada (voir
ci-dessous). Il est
précisé sur une boîte et dans un
catalogue de la
Société
des Lunetiers (S-L) daté de 1907 que le
système était également
breveté en Russie et au Japon mais
nous n'avons malheureusement pas encore de copie de ces documents.
Le
brevet italien fut attribué sur la base du texte
français dactylographié et dûment
enregistré
(Détails
: suivre le lien).
Les germanistes attentifs noteront que la désignation de
l'instrument
en allemand est différente dans chacun des trois pays de
langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse) !
Brevet
pour l'Empire Austro-Hongrois
N° 11413 (15 févr. 1903)

|
Brevet
pour la France
N° 326.536 (12 nov. 1902)

(extrait 1ère et
3e p.)
Voir le nota plus haut concernant le titre de noblesse "Ritter" |
Brevet
pour la Grande-Bretagne
N° 24.874 (17 sept. 1903)
 |
Brevet
pour la Suisse
N° 27.752 (13 nov. 1902)
|
Brevet
pour les Etats-Unis d'Amérique
N° 736,925 (25 août 1903)
|
Brevet
pour le Canada
N° 90.148 (1904)
(cliquer sur la photo pour voir la page du brevet)
 |
La boussole Bézard était de conception
entièrement nouvelle et apportait de nombreuses
innovations.
Sur les versions ultérieures, le texte fut
modifié en ORIGINAL-BEZARD écrit en noir sur fond
blanc (luminescent) ou même sans fond lumineux. La
dernière version réalisée
était à amortissement liquide, le bandeau portait
en anglais la mention FLUID BEZARD entre deux lignes blanches.
Les nouveautés par rapport aux autres
modèles courramment utilisés étaient
les suivantes :
- le couvercle comportait, ménagées dans ses
parois latérales, deux fentes qui permettaient de viser un
objectif avec précision.
- parallèlement, le cadran de la rose pouvait être
observé dans un miroir articulé.
Malgré tout, son maniement était sensé
être simple comme l'indique le texte affiché dans
les boîtes (voir plus bas). |
Le cadran présentait un bandeau rouge
orienté ouest-est. Il était composé
d'un cartouche contenant les mots PATENT BEZARD (Brevet
Bézard) délimité à ses
extrémités par les initiales des points cardinaux
(W et O pour WEST et OST en allemand).
Ce bandeau était un élément essentiel
pour le maniement de la boussole. En conjonction avec la carte
topographique, il s'agissait de maintenir ce bandeau
parallèle aux toponymes inscrits sur la carte, lesquels sont
toujours placés sur un axe ouest-est, et de faire pivoter le
boîtier pour placer la base du couvercle sur l'axe de la
route à suivre pour rallier un objectif à partir
de la position présente. |

Croquis : La boussole Bézard posée sur une carte |
Lorsqu'on se déplaçait, il
suffisait de tenir la boussole de telle manière que la
pointe nord de l'aiguille soit orientée face au
repère NORD magnétique. La déclinaison
était fixée à 9 degrés sur
la version Armeemodell 1910 II mais elle pouvait être
adaptée au lieu d'utilisation sur les modèles
ultérieurs (voir plus bas). Le sens de la marche
était indiqué par la flèche lumineuse
fixée par deux vis dans le couvercle et par le mot DIREKTION
(ou RICHTUNG, DIRECTION) barré d'une flèche,
gravé sur la face extérieure du couvercle. |
| Pour relever la position d'un objectif, il fallait
tenir la boussole à hauteur des yeux et viser l'objectif au
travers des fentes du couvercle. Le miroir incliné
à environ 45 degrés
réfléchissait l'image de la rose et de
l'aiguille. Il fallait ensuite faire tourner la capsule
jusqu'à ce que l'aiguille en forme de flèche et
la découpe correspondante (ou le repère sud de
l'aiguille dans le cercle de la rose) soient parfaitement
superposées. La valeur du relèvement se lisait
grâce à un repère (trait rouge)
fixé au pied articulé du miroir. Ce dispositif
fut remplacé plus tard par une languette
métallique placée verticalement dans une fente de
la charnière et traversée par l'axe de rotation
du miroir. |

Observation d'un objectif. La boussole pouvait être
fixée à une branche ou une canne à
l'aide d'une fixation spéciale (Richtklemme). |
1 - Ouvrages réalisés
par l'inventeur lui-même
La plus ancienne
description connue avait
été publiée par J. von
Bézard
dans des revues militaires (photo de dr.
: Streffleurs
Militärische Zeitschrift , 10 p., Vienne 1907).
Elle
était accompagnée d'un mode d'emploi abondamment
illustré
.
(Photo de dr. cliquer
sur l'illustration pour visualiser une page exemple - copie disponible).
Orientierungsaufgaben
unter schwierigen Verhältnissen ("Exercices
d'orientation en conditions difficiles") Seul le titre de ce document
est connu - publié avant la 1ère GM probablement
uniquement pour l'Autriche, prix 1,20 Kr.).

Bézard
a consigné dans un ouvrage en deux volumes le cours de
topographie militaire qu'il enseignait à
la
Theresianische
Militärakademie de Wiener Neustadt et
à
l'école de Guerre (
Kriegsschule)
de Vienne entre 1905 et 1910
Croquierübungen,
feldmäßige
Skizzen und Orientierungsaufgaben
(vol. 1, 133 p., 6
planches grand format; vol. 2, 103 p. - 1910 -
photo de g. - Archives nationales de Vienne). Il y explique en
détail la tâche de l'éclaireur
(appelé
Rekognoszent)
chargé de faire
des levers rapides dans un but tactique
.
La terminologie
utilisée comprend de nombreux concepts tirés du
français comme
lisière,
Ravin,
Kote
= cote (altitude). Le titre lui-même fait appel au
mot
croquer
au sens de faire un croquis. Ceci se dit normalement
Skizze
en allemand (apparenté à esquisse) mais l'auteur
fait une
différence fondamentale entre les deux termes. Selon lui, un
croquis est une représentation du paysage qui peut
être basée sur une esquisse
réalisée à partir d'une carte. Mais
les cartes étant souvent anciennes et
dépassées, il convient de mettre à
jour les aspects importants du point de vue tactique et de ne pas
surcharger le dessin par des détails inutiles (
voir la définition
dans le texte original en cliquant ICI).
Les croquis
étaient établis sur du papier transparent
(appelé
Oleat)
et accompagnés de commentaires
(
voir exemple ICI).
La boussole de
son invention y trouve bien évidemment une place de
choix en de nombreux endroits (voir exemple d'utilisation en cliquant
sur la photo de g.). Un tableau d'environ 50 x 50 cm donne un
mode
d'emploi
détaillé des premiers modèles (
copie au format A3 disponible
sur demande).
2 - Ouvrages d'autres auteurs

- Essai intitulé
Orientierungsbussole
Bézard par le Major
A. Staubwasser, in
Kriegstechnische
Zeitung, 1913, 10. Heft, également paru
séparément chez Mittler und Sohn, Berlin
W, Kochstr. 48 (voir ci-dessous
modes
d'emploi fournis par le fabricant).
- Essai intitulé
"Wegerkundung" (reconnaissance)
paru dans une revue militariste
entre
1925 et 1929.
Auteur inconnu (initiales: B. H.
R.) gravures à main levée (
voir fig. de g. - 3 p.
Fac simile disponible.
Manuels de
familiarisation et pour professionnels
Les trois ouvrages les plus importants sont les manuels
édités par l'Autrichien Major Rudolf Gallinger.
Ce dernier commercialisait à partir de Graz (Autriche) les
boussoles, accessoires et leur documentation technique.

La boussole
Bézard
en tant qu'aide pour l'orientation et le combat, 152 pages,
édité à compte d'auteur, 1929 |

La boussole
BÉZARD
40 exemples d'orientation pour randonneurs et skieurs, 41 pages,
édité à compte d'auteur, 1933
|

Comment s'orientier et effectuer des mesures avec la
boussole BÉZARD
104 exemples 130 exercices et 134 illustrations pour
l'école, la
formation prémilitaire de la jeunesse, le sport
militaire, l'armée, les services forestiers, la
recherche,
la randonnée, l'alpinisme et le ski, 160 pages. Editeur
LEYKAM,
Graz, 1937 |
Modes
d'emploi fournis avec la boussole par le fabricant
En plus des croquis décorant les boîtes, une
notice de l'utilisateur détaillée accompagnait la
boussole. Il en a existé plusieurs types selon les
époques. En voici une petite sélection (liste non
exhaustive) :
- "Nachts leuchtende Orientierungs-Bussole. Patent Major v.
Bézard", 16 p., prix en Couronnes (Autriche),
Mark
(Allemagne) et Francs suisses, imprimé en lettres latines,
comprenant des extraits de l'article du Major Staubwasser
(1ère G.M.)
- "Patentierte Orientierungs-Bussole nach Oberst von
Bézard", par Dipl.-Ing. Hans EBER, 19 p.
imprimé
en lettres gothiques, Imprimerie de l'Université,
éditeur Dr. C. Wolf & Sohn, Munich Jungfernturmstr.
2, (années 1930)
- BÉZARD Boussole, Orientierungs-Boussole Patent
Bézard, sans indication d'auteur, imprimé en
lettres latines avec des motifs de couleur rouge sur la page de
couverture, 11 p. (version civile pour l'Autriche ?)
- Original-Bézard-Kompass (G. Lufft
Metallbarometerfabrik GmbH), 12 p., années 1950 (?), pour
les modèles I S et II.
- Universal-Bezard-Kompass (G. Lufft Metallbarometerfabrik
GmbH), 8 p., années 1950 (?), pour l'UBK seulement.
- Essai : Orientierungsbussole Bézard von Major
A. Staubwasser, Kriegstechnische Zeitung (Journal de
l'Armée), 1913, cahier 10, imprimé
séparément par Mittler und Sohn, Berlin W,
Kochstr. 48 (le
Cybermusée n'en possède
malheureusement aucune copie)
- "Der Bézard-Kompass / Beschreibung und
Gebrauchsanleitung"
- Manuel destiné à l'armée
allemande, 24 p.
1957 (voir tableau ci-dessous).
Entraînement
Pour la familiarisation et l'entraînement,
la Bundeswehr et la police des frontières
(Bundesgrenzschutz)
utilisaient une affiche grand format (
Lehrtafel).
Le manuel de la Bundeswehr (daté de 1957,
l'année
suivant sa création) était une version
modernisée
et complétée des éditions
précédentes. En plus de la description des
produits
habituels, il présentait la nouvelle version à
amortissement liquide. En outre, il contenait une carte de la
déclinaison magnétique en Europe depuis la
côte
atlantique jusqu'à Varsovie.
LEHRTAFEL
(Panneau d'instruction)
(Dim.: 66 x 47 cm)

|
MANUEL BUNDESWEHR 1957

Page montrant la
version à
liquide et la carte de la déclinaison magnnétique
(valeurs moyennes des années 1954 à 1956
établies sur la base des informations fournies par diverses
autorités dont l'Amirauté britannique.)
|
Manuels disponibles en
français

Il
existe (au moins) 4 versions en français
des manuels
Bézard (
voir
photo
de droite):
- Deux en petit format 92 x 70 mm: "Boussole
d'orientation"
(version civile, mentionne la graduation en
360 degrés, 400 grades et
6400 mill. et sens horaire ou antihoraire en option) et
"Boussole Directrice" (terminologie officielle Armée Fr.,
mentionne uniquement
la graduation en 6400 mill.).
- Deux en grand format sur papier
glacé : l'une intitulée "Brevet
Bézard" (105 x 150
mm, 12 p. mauvaise traduction, prix en Reichsmark) et l'autre "Original
Bézard" (100 x 160 mm, 8 p. seulement) probablement post-2e
G.M.
Manuels
disponibles dans d'autres langues
- Italien, néerlandais,
Les deux versions (Armeemodell 1906/1910 I et II)
étaient livrées dans des boîtes en
carton dont les illustrations complétaient le manuel.
Une photo prise devant un miroir montrait la bonne façon de
tenir la boussole. Des croquis, différents selon les
modèles, visaient à démontrer la
facilité d'utilisation de l'instrument. Quelques exemples :
|
|
La boîte du
premier modèle (1903) présentait le
n° du brevet dans différents pays.
L'intérieur était imprimé en quatre
langues.
Mode d'emploi en allemand (10 p.) : voir Bibliographie ci-dessus
|
La "Richtklemme"
(Description: Maj. Gallinger)
. |
Le terme Richtklemme
pourrait aussi se traduire par ferrure de pointage (du verbe richten = pointer
un affût). Voir aussi Richtbussole

Poids : 70 g
Epaisseur de serrage : 35 mm
|
Le modèle UBK fixé
à une canne à l'aide de la ferrure spéciale
Photos
Dr. Spielberg
Cliquer sur les images pour les agrandir
|
Le rapporteur
carré
( Planzeiger)
figurait dans un angle du rapporteur spécifique de LUFFT
(également visible en
transparence, le baroaltimètre
de LUFFT)

Photo
Cl. Winterhalter
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