1 -
Genèse de la
boussole
2
- Bibliographie


Photo
de g. : minerai à l'état pur
(Cliquer
sur les photos pour les agrandir).
Voilà la pierre avec laquelle tout a commencé :
On peut presque dire comme dans l'évangile "
a
principio
erat..." (en français
...
Au
commencement
était ... la magnétite).
Ces
cristaux cubiques noirs, brillants, de
formule Fe
3O
4
sont le minerai de fer le plus pur. C’est
grâce à leur capacité de transmettre
à une aiguille de métal la
sensibilité au magnétisme terrestre, qu'on put
enfin découvrir le monde au-delà de l'horizon
marin. L'aiguille ainsi
magnétisée
semble toujours s'orienter dans la même direction
(en
réalité, elle tend à s'aligner sur les
lignes de forces du champ magnétique de la Terre). Pour
magnétiser les aiguilles, on a longtemps utilisé
de gros
cristaux enchâssés appelés "pierres
d'aimant montées"
(photo
de droite, Musée de la Marine, Paris).
L'étude moderne
la plus complète et la plus
pertinente
effectuée sur ce sujet se trouve sur le site
internet du
Palais de la Découverte. Il s'agit de l'excellent article de
Kamil FADEL (mars 2007, n° 340, p. 44-59). Nous
présentons ci-après
quelques
détails complémentaires.
C'est intentionnellement que nous ne parlons pas ici d'
invention
de la boussole. Si l'on veut tenter d'attribuer une
paternité
à cet instrument, il faut absolument tenir
compte de
chacun des aspects de sa genèse. Nous avons par
conséquent choisi de citer ici le passage introductif de
l'ouvrage d'A. Schück
Der
Kompass (voir bibliogr.) qui
citait
lui-même un auteur suédois tout en
complétant
certaines
formules. Nous présentons ici notre propre traduction du
texte allemand que Schück avait probablement
lui-même
rédigé à partir d'une
traduction
en anglais :
(Début de citation)
On ne peut pas parler stricto sensu d'une quelconque invention
de
la boussole mais plutôt de la
découverte d'une force
et de l'application de ses effets ayant permis
de réaliser des dispositifs précurseurs
de la
boussole. A.
E. Nordenskiöld l'a formulé de
manière on ne
peut plus claire dans son ouvrage
Periplus
(traduit
en anglais par Francis A. Bather,
Stockholm, 1897) VI. Portolano's, p. 47 et svt. :
"Il y a lieu de distinguer quatre étapes :
1) La découverte d'un minéral aux
capacités
électro-magnétiques, c'est-à-dire
capable
d'attirer le fer. Il n'en existe qu'une seule sorte en grande
quantité à la surface de la Terre, c'est la
magnétite.
2) La découverte que l'acier ou le fer trempé
peut
être magnétisé en le frottant
à la
magnétite.
3) La découverte que l'aimant ou le fer
magnétisé, dès lors qu'il est
soutenu ou
suspendu de manière à pouvoir se mouvoir
librement,
indique toujours une même direction ou, plus
précisément, forme un certain angle par
rapport
à l'axe nord-sud.
4) La prise de conscience que cette aiguille
aimantée peut
servir à s'orienter dans l'espace."
(Fin de citation).
La magnétite en tant que minéral et certaines de
ses
propriétés (magnétisme,
polarités
opposées) étaient déjà
connues en tant que phénomène
physique dans
l'Antiquité, tant dans le monde
méditerranéen qu'en Extrême Orient.
- Pline
l'Ancien (23 apr. J.C. s- 70) cite Nicandre de Colophone qui
racontait qu'un berger nommé
magnes
avait constaté que les clous de ses chaussures et la pointe
ferrée de son
bâton restaient collés aux rochers du Mont Ida (...
magnes appellatus est ab
inventore, ut auctor est Nicander in Ida repertus invenisse autem fertur
clavis
crepidarum, baculi cuspide hærentibus, cum armenta pasceret).
Une autre explication donnée par Lucrèce
(98-55 av. J.C.) à cette
désignation viendrait du
nom d'une ville de Lydie où l'on trouvait le minerai en
question,
Magnesia,
mais il
est tout aussi probable qu'elle fut baptisée ainsi justement
parce qu'il y avait là le fameux minerai
appelé du nom du berger...
- L'histoire au sujet des clous en fer des navires,
prétendument arrachés
par la force d'attraction des rochers de certaines
îles, est relatée par plusieurs sources
antiques tant
méditerranéennes
qu'orientales. Quatre siècles plus tôt, Platon et
Démocrite cherchaient déjà
à percer le
secret de leur fonctionnement.
Des recherches approfondies ont été
effectuées tant
par des missionnaires (jésuites) en Chine même,
que
par des
linguistes sinologues européens, en particulier
Julius H. Klaproth qui
présenta ses résultats un an avant sa mort dans
l'opuscule
intitulé
Lettre
à M. le baron A. de Humboldt sur l'invention de la boussole
(1834). L'ouvrage de référence le plus complet a
lui aussi été réalisé par
un auteur allemand (A. Schück,
Der
Kompass)
juste
avant la
1ère Guerre mondiale, ce qui explique sans doute qu'il est
quasiment inconnu dans le reste du monde. Les rélexions
suivantes sont en grande partie basées les
résultats de ces chercheurs.
On
s'accorde aujourd'hui pour considérer que ce furent les
Chinois qui découvrirent la faculté qu'a une
tige métallique aimantée de toujours
pointer vers
une
même
direction. La
représentation de l'espace a toujours revêtu une
très grande importance dans la philosophie chinoise
car certaines directions ont une valeur positive ou
négative (opposition
yang/yin
ou dragon/phénix).
Pour eux, l'aiguille aimantée indiquait donc le sud
vers
où
l'empereur, représentant l'étoile polaire, assis
le dos
au nord, portait son regard. Cette
propriété de la magnétite fut
utilisée très tôt, (peut-être
même
déjà avant notre
ère) dans un instrument composé
d'une sorte
d'assiette carrée et d'une "aiguille" en forme de cuiller
à soupe taillée dans de la magnétite
dont le
manche pointait vers le sud.
Cet instrument représentait la "cuillère du
Nord",
autrement dit la constellation de la Grande Ourse (appelée
grande casserole - Big Dipper - en anglais). Il était
essentiellement
utilisé dans
le cadre de l'art divinatoire et de la géomantie (photo:
voir
WIKIPEDIA
/ boussole - voir aussi
Religion
/
Tradition
chinoise et Feng Shui).

La
littérature chinoise fait elle aussi état d'un
dispositif appelé
chariot
indicateurs
du sud (zhi3 nan3 che1)
que de nombreux auteurs ont supposé fonctionner
à
l'aide du magnétisme terrrestre. Selon la description qui en
est
faite dans
Wikipedia (Chariot pointant le sud),
il
s'agirait cependant d'un mécanisme sans liaison quelconque
avec une boussole.
(Gravure
de g. : Chariots indicateur du sud, reproductions extraites de
l'encyclopédie San
thsaï thou hoei
datée de 1609 et
(à dr.) de la grande encycl. japonaise - cliquer dessus pour
l'agrandir).
C'est vers la fin du 1er millénaire que
l'aiguille
magnétisée fut utilisée, tout
d'abord
placée sur un flotteur ou dans un bambou et le tout dans un
récipient rempli d'eau. Cette
technologie s'est
assez rapidement transmise dans le monde oriental
et atteignit la
Méditerranée par l'intermédiaire des
navigateurs Arabes (cette
chronologie reste cependant controversée car les sources
sont en latin ou en arabe et parfois ou bien
contradictoires ou
pour le
moins difficiles à interpréter). Le mot boussole
pourrait d'ailleurs ne pas venir de
l'italien
bussolo
(boîte en buis) mais de l'arabe
el-mouasaléh
(pointe, dard), la permutation du son
M en B étant
attestée dans de nombreux dialectes arabes (Klaproth, p.
29) mais aussi dans les langues latines (voir Giacomo - Jacob). La
désignation
al-konbas
(de l'italien
il
compasso) apparut
bien plus tard,
après que l'instrument eut connu une
évolution technique majeure décrite
plus loin. Cette
transmission en soi logique de par la géographie
et les contacts commerciaux existant dans l'Océan Indien a
en outre
été
amplement démontrée par les recherches
de Klaproth
mais le fait qu'il était d'origine allemande d'une part et
qu'il
démontrait que l'invention n'était pas due
à la
prétendue
supériorité occidentale alors
très susceptible en cette époque colonialiste,
n'est
peut-être pas étranger à la
méconnaissance de ses travaux et/ou au rejet de cette
théorie jusqu'à aujourd'hui, vu l'absence de
citations littéraires datées
ayant seules
valeur de preuves irréfutables aux yeux de certains. Il est
plus simple de
répéter à l'envi une idée
reçue
qui confirme ses propres préjugés que de
se lancer
dans une étude approndie et ardue. Il semblerait par contre
que la connaissance de la version modernisée (compas de mer,
voir plus loin) ne se soit pas propagée vers l'est, les
navigateurs Arabes utilisant encore à
l'arrivée des explorateurs Portugais dans cette
partie du monde un type de boussole
constitué d'un simple récipient rempli d'eau sur
laquelle on posait une lame de métal concave en forme de
poisson, capable de
flotter comme une coque de bateau et qu'on
magnétisait à la demande. Sans doute avaient-ils
considéré la boussole comme un gadget, eux qui
grâce à leurs excellentes connaissances
astronomiques d'une part et à un ciel pratiquement
toujours clair dans leurs contrées, étaient
passés maîtres dans l'art de naviguer à
l'aide des astres et des étoiles.
Par contre, il a été récemment
démontré (lire
Two early Arabic sources on the
magnetic
compass) que
les Arabes s'en servaient déjà au plus
tard au 13e s. pour trouver la direction de la Mecque
(
qibla).
APPARITION DE LA BOUSSOLE EN EUROPE
L'une des plus anciennes mentions du compas de marine en
Occident se
trouve
dans une satire en 2700 vers intitulée
La Bible
datée de 1181. C'est l'œuvre
du poète
Hugue
de Bercy, également
connu sous les noms
de
Guyot
(diminituf de Hugue) dit
de
Provins (ville
située au sud-est de
Paris qui signa également ses oeuvres sous le nom de Hugo
Bertius, Hugue de Berzel etc.) qui l'avait décrit avec une
grande précision. Il avait été
moine à Clervaux et à Cluny, avait
beaucoup voyagé et
séjourné entre autres à la cour de
l'empereur Frédéric à Mayence.
Il reprochait
au Pape de
n'être pas pour la
Chrétienté ce que la boussole est pour les
marins. Il
parle d'une aiguille
que
l'on
allume
quand le ciel est obscur en
la touchant avec l'
amanière
(l'aimant)
et
qui s'oriente
vers l'étoile polaire.
Extraits (
texte
original complet retranscrit)
cité par J. Klaproth dans sa
Lettre
à A. von Humboldt,
p. 41):

Les
mariniers qui si navoient (= ainsi naviguent.)
Par cele estoile vont et viennent
(...)
Ils l'appellent la Tresmontaigne (=
étoile du nord ou polaire) (...)
Par vertu de l'amanière
(= aimant),
Une
pierre laide et brunière
Où li fer volontiers se joint
(...)
Puis qu'une aguile l'ait
touchié
Et en un festu l'ont fichié
En l'esve (= eau) la mettent (...)
Et li festu la tient desus
Puis se torne la pointe toute
Contre l'estoile (...)
Tex devrait estre notre père..
Photo
de dr.: Extrait correspondant de la Bible de Guyot (éd. de
1200
env. Source:
Gallica)
L'autre
mention souvent présentée comme la plus
ancienne se trouve dans
l'ouvrage d'un Anglais qui vécut
momentanément à Paris, Alexander
Neckam
De
naturis rerum
(De la nature des choses), probablement écrit à
Paris en 1190 [Gies, p. 157]. Il était donc contemporain
d'Hugue de
Bercy et il n'est pas exclu qu'il tenait ses informations de
ce dernier.
On notera que le livre de Neckham était plus
largement
répandu au début du 13e s. (car
écrit en
latin) que le poème de Guiot critique envers le pape et
qu'en 1218 un
autre
écclésistique qui participa aux croisades,
Jacques
de Vitry, considérait le compas comme un instrument
indispensable pour la navigation en mer (Historiæ
Hierosolimitanæ, cap. 89). Son utilisation est
aussi attestée en 1225 en Islande. [White,
p.
132].
Si
l'on tient compte
d'une part du
fait que cet instrument qui conférait un avantage
commercial
indéniable à son propriétaire a
été
gardé secret le plus longtemps possible et qu'il a ensuite
fallu
un bon nombre d'années avant qu'il ne soit connu de gens
n'appartenant pas au monde de la mer, on peut donc raisonnablement
estimer que
son adoption par
les marins méditerranéens eut lieu
suffisamment
longtemps (milieu du 12e s.) avant qu'il ne soit
évoqué dans la littérature et
utilisé comme
une image évidente compréhensible de
chaque lecteur.
(Gravure
de
dr.: Le livre des merveilles, Marco Polo, 1307, Bibl. Nat.
Paris)
Les
différentes étapes de l'évolution
technologique consistèrent donc d'abord
à magnétiser une fine tige
d'acier
trempé, à la fixer sur un flotteur de
liège ou dans une tige creuse et à la
poser ainsi à la surface d'un
récipient rempli d'eau. Ce dispositif primitif
était
généralement appelé
calamite
en
Méditerranée, plus vraisemblablement du nom du
roseau
dans les langues latines et non pas par analogie de forme avec une
grenouille comme l'écrivent certains. Le terme
existe encore
aujourd'hui dans le nom du crapaud des joncs (voir WIKIPEDIA :
crapaud
calamite,
bufo
calamita).
La boussole fut aussi appelée la
Marinette
(voir plus loin la
Bible
de Guyot) et
ceci est bien compréhensible, vu qu'elle était la
plus fidèle compagne des marins ! (K. FADEL)
L'instrument tel qu'on le connaît aujourd'hui
résulte d'un
perfectionnement technologique majeur intervenu
probablement au début du 14e s., l'invention
du système à pivot, dans lequel
l'aiguille fut équipée en son centre d'un
dispositif
appelé aujourd'hui chape, une sorte de
casque ou de dé-à-coudre minuscule. Les
besoins de la
navigation
amenèrent un autre progrès technique, le
compas de
marine, dans lequel les
points
cardinaux sont
indiqués sous la forme d'une
rose des vents dessinée sur un disque mobile
fixé à l'aiguille
aimantée. Ce dispositif permet au barreur de
diriger son bateau
plus aisément en alignant un
cap prescrit (le
rhumb)
et un repère ou une
ligne dite
de
foi
représentant l'axe longitudinal du navire.
La
légende de
Flavio di Gioia
Cette
amélioration (voir paragr.
précédent) est datée du tout
début du 14e. s. (1300). Elle fut très longtemps
attribuée à un
certain
Flavio (di) Gioia qui aurait vécu à
Amalfi mais dont l'existence n'est nullement
prouvée. En fait, il s'agit là d'une
légende
résultant au mieux d'une suite d'erreurs de transcription
(voir les Citations ci-après).
Au cours
du 14e et du 15e s., divers auteurs (dont un certain Flavius Blondus)
décrivirent la boussole en précisant
qu'on n'en connaissait pas l'inventeur. Ce n'est qu'en 1600
que l'historiographe napolitain Scipio Mazzella (in
Descrittione del regno di
Napoli,
Napoli 1588, 2e éd. 1601, p. 65) écrivit
que l'instrument avait été
inventé par ledit Flavio en précisant
même son nom de famille, affirmation sans preuve qui a
malheureusement été reprise depuis par la plupart
des auteurs qui lui ont
succédé. Seuls les chercheurs sérieux
l'ont mise en doute. Il n'y a qu'une chose certaine, c'est
que la ville d'Amalfi était
célèbre pour sa flotte et ses liaisons maritimes
avec le Proche Orient, maintenues de manière monopolistique
après les croisades, et que cette amélioration
technique
vient de
cette région de la Méditerranée.
Gravure
de droite: Der
Kompassmacher -
le fabricant de compas (Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
CITATIONS
(
Le
texte suivant est
en partie cité et traduit par nos soins du site The Medieval Technology Pages
de
Paul J. Gans).
"Un manuscrit rédigé sous la
dynastie des
Han
en l'an 83 de notre ère fait état d'une
cuiller
indiquant le sud.
Une autre source datant de la même époque indique
que les chercheurs de jade de Cheng utilisaient un
chariot indicateur du sud
afin de retrouver leur route [Gies, p. 94
- voir bibliographie].
L'utilisation d'aiguilles magnétisées est
attestée en Chine depuis
le 8ème siècle et il
semblerait qu'elles soient devenues une aide à la navigation
maritime d'usage commun entre 850 et 1050 [Gies, p. 94].
Un autre auteur [White, p. 132] date cependant leur
utilisation un peu plus
tard, indiquant que des aiguilles magnétiques
étaient en usage dans les années 1089-93
et 1116 pour les besoins de la géomancie et respectivement
en 1119 ou 1122 comme compas de marine.
La plus
ancienne mention de la boussole dans un document islamique
apparaît dans une histoire persanne datant
de 1232-33. La première mention en arabe date
de 1242. White fait remarquer que le mot arabe pour
boussole est
al-konbas (de
l'italien
il
compasso),
indice supplémentaire de l'origine
européenne [White, p. 132]" mais ce
terme se
réfère vraisemblablement à la forme
modernisée de l'instrument (voir Légende de
Flavio di Gioia).
Un
autre auteur essentiel, W. Gilbert écrivit
(dans
De Magnete,
London, 1600) : " Dans le royaume de Naples, ce serait un citoyen
savant
melfitanais du nom de Johannnes Goia qui aurait
montré
en 1300 comment se servir du compas, comme Flavius Blondus ne
manque pas de le souligner à son éloge."
De même, Guillaume de Nautonnier
écrivait (in
La
mécométrie,
Toulouse T. 1, 1603, p.
8) " Cet instrument
dont on avait oublié l'usage a été
réinventé par un habitant d'Amalfi du
nom
de Gioia comme le rapporte Flavius."
Quelques
dates-clés de l'histoire de la boussole dans le
monde occidental
- Thalès de Milet
(6e s. avant notre
ère) attribue
à la magnétite une âme qui
attire le fer.
- Fin du XIe s. : l'historien Islandais Arc
Frode
(1027-1148)
relate dans sa chronique du peuplement de l'Islande
Landnamabok
que les marins
nordiques ne possédaient alors (vers 838) l'instrument
utilisé par les marins en Méditerranée
qu'il désigne
leiderstein
c'est-à-dire
pierre-guide
.
- 1181 : Hugue de Bercy / Guyot de Provins (voir plus haut )
décrit dans son poème connu sous le titre de "
Bible de Guyot"
la boussole utilisée par les
marins français.
- 1269 : Pierre Pèlerin de Méricourt
écrit (en latin) : " [la boussole]
est l'instrument par
lequel tu
peux diriger tes pas vers les cités et les îles."
- 1302/1303 : invention du compas de mer (attribuée selon
une légende largement colportée) à un
pilote de Pasitano (près d'Amalfi, royaume
de
Naples) nommé Flavio di Gioia. Il aurait
eu l'idée de fixer
l'aiguille sur un pivot et peut-être aussi un disque de
papier à l'aiguille. C'est peut-être
de cette
époque
que daterait aussi la tradition de représenter le nord par
une
fleur de lys (voir DIVERS/Points cardinaux).
- 1492 : Christophe Colomb constate l'existence d'un écart
entre
le pôle magnétique et le
pôle
géographique (déclinaison) alors qu'il se
trouve à 200 lieues à l'ouest de
l'Île de Fer (Hierro) dans l'Archipel des Canaries.
- XVIe s. : Georg Hartmann, un prêtre allemand de
Nuremberg, étudie la déclinaison et pressent
l'existence
de l'inclinaison. Les premières mesures exactes de la
déclinaison furent exécutées en
1541 à Paris
et en 1580 à Londres.
- 1576 : Robert Normann, un fabricant anglais d'instruments de
marine signale l'inclinaison.
- XVIIe s. : Burrus, un prêtre de Lisbonne a
l'idée de
reporter sur une mappemonde les mesures de la variation locale de la
déclinaison et les relie par des courbes appelées
aujourd'hui
isogones.
L'astronome anglais Halley (1656-1742)
les perfectionnera en 1700 au cours d'une
expédition
entreprise pour déterminer avec précision la
position des colonies anglaises.
BIBLIOGRAPHIE
Parmi
les études anciennes sur le magnétisme
et
l'invention de la
boussole, il faut citer entre autres :
-
Cathedral,
Forge, and
Waterwheel,
"Technology and Invention in the Middle Ages" par Frances et
Joseph
Gies),
HarperPerennial, 1995
ISBN 0-06-016590-1
-
Medieval
Technology
and Social
Change, par
Lynn
White,
Jr., Oxford, 1962 / ISBN 0-19-500266-0
-
The
newe Attractive par
Robert
Norman,
1581
-
De
Magnete
par
Guiliemi
Gilberti
/ William Gilbert, 1500
- Articles relatifs à la boussole et au
magnétisme (aiguille aimantée etc.) de
l'Encyclopédie de MM. d'Alembert et Diderot (consultable en
ligne
ICI).
Lettre
à M. le Baron
A. de Humboldt
par
Julius
Klaptroth,
1834
(photo de
gauche - consultable en ligne*
ICI)
-
Etude approfondie sur toutes les sources littéraires
historiques disponibles (arabes, chinoises etc.).
Il en existe des extraits en anglais sur google book :
The American Journal of Science and
Art, vol. 40, p. 242) et aussi
la traduction des 4 premières pages
ICI.
Cet ouvrage écrit par un savant
allemand pour autre savant allemand a
été traduit en allemand et
annoté/complété quelque 50 ans plus
tard par
Arnim Wittstein en 1885 (
copie pdf disponible).
* NOTA :
Malheureusement
Google n'a pas numérisé les
planches grand format. Nous serions heureux de vous en
fournir des photos si vous avez l'amabilité de
faire un petit don (touche Paypal du menu).
Compass
(A. Gurner,
2004, anglais, traduit en allemand seulement) - Historique
très détaillé du
développement des compas
de marine
The
riddle of
the compass (Amir D. ACZEL,
2001, angl.) - Très bon
historique du développement de la boussole et remise en
question
totale de la légende de Flavio de Gioia.
Der
Kompass (
A.
Schück, 1911-1915, 2
vol., allem.) - A. Schück
était un officier de la marine marchande
allemande qui consigna au tout début du 20e s.
toutes
les informations disponibles dans la
littérature ancienne sur le développement de la
boussole (transcription du texte de
Guyot
- voir plus haut) ainsi que
des gravures représentant des compas de marine
tant anciens (musées, coll. priv.) que modernes (
Bamberg,
Chetwynd
etc.) sans oublier la
boussole circulaire d'Emile
Duchemin.
Cet ouvrage est encore aujourd'hui considéré
comme la meilleure encyclopédie
consacrée essentiellement
aux
compas de marine
.
Nous sommes heureux d'en posséder un exemplaire original (
photo de
dr.) car la version en
réimpression en vente depuis 2009
ne reflète en aucune manière le
très haut
niveau de qualité des gravures : il a apparemment
été
numérisé
avec une résolution
très basse et imprimé dans un format
réduit d'un quart environ
(
lien
vers photo : vues
comparées d'une planche).
De plus, les
planches du vol. II
ont
été reliées dans le
désordre !
Steady
as she goes (A. E.
FANNING, 1986, angl.) - Historique détaillé du
département des
compas de
l'Amirauté britannique depuis sa création en 1842
jusqu'à la 2ème Guerre mondiale.
LA
BOUSSOLE,
Histoire
d'une pierre et d'une aiguille
(Lausanne 1885, 214 p.,
photo de g.) - Ouvrage intéressant qui
prétendait
à une certaine exhaustivité. Son
auteure officielle
est
une certaine Mme de
C****** mais il
s'agit probablement d'un pseudonyme. Il est
conçu comme un cours de physique
spécialement centré sur le
magnétisme. Des 12 chapitres, l'un est
entièrement consacré à la
métallurgie, expliquant les différents
métaux et leur réaction au
magnétisme. D'autres traitent en détail
des aspects historiques et philosophiques de
l'étude du phénomène, insistant
notamment sur
l'influence
désastreuse des croyances religieuses sur les
découvertes et
la recherche scientifique
(voir les tentatives d'explication
du
phénomène par les philosophes grecs
qui au lieu de
procéder de
façon expérimentale cherchaient
des explications
surnaturelles, toutes plus saugrenues les unes que les autres). Les
aspects linguistiques ne sont pas en reste : un chapitre est
consacré à une étude sur
l'étymologie
des termes
aimant,
boussole et
compas,
un autre aux noms des vents dominants etc.
Nota
: Il est en
ceci particulier qu'il attaque de front
l'Eglise catholique,
institution jugée coupable de promouvoir l'obscurantisme
pour mieux asservir
les masses
incultes. C'est un document témoin de la lutte que
menait le
gouvernement laïc sous la IIIe République mais son
message est toujours valable aujourd'hui dans plusieurs domaines - dont
le créationnisme.
MODES D'EMPLOIS - INSTRUMENTS À USAGE
MILITAIRE
Nous possédons de nombreux ouvrages se rapportant aux divers
modèles de boussoles françaises, allemandes, anglaises ou
étatsuniennes (Air Ministry, Bézard, Breithaupt, Busch,
Vion, Winterer, U.S. Army Field Manual etc.). Ils sont cités
dans l'article correspondant de ces instruments et certains
également dans la boutique du musée (2e partie -
Documentation). Certains ouvrages ne sont pas spécifiques d'un
modèle donné et en présentent plusieurs comme les
diverses éditions du MANUEL / LIVRE DU GRADÉ
D'INFANTERIE, les livrets L'ORIENTATION (1952, Cpt. Seignobosc) ou
De la BOUSSOLE et de son EMPLOI (1918, Lt. V. - anonyme) ainsi que du
Précis de Topographie (Col. Matthieu, 3 vol.).
Il faut également citer ici un texte très rare, le mode
d'emploi du
cadran solaire à
boussole de type dit
Butterfield
(ou
Bion).
Autres
ouvrages
On ne compte pas les ouvrages consacrés à ce
sujet. Qu'ils s'adressent à un public d'enfants ou de
spécialistes, tous sont conseillés s'ils
sont en rapport avec le niveau de compréhension
des lecteurs, à condition toutefois de tenir compte des
informations citées plus haut pour coller au plus
près à la vérité
historique. Nous citerons en particulier :
La
boussole, le nord et
l'aimant
(O. Sauzereau, 2004) et
La
boussole (B.
Coppin, 1991) - Simple mais très bien fait,
pour enfants.
L'Instrument
de Marine (Jean Randier,
2006) -
Très
belles photos et bonnes explications. Un bémol cependant au
sujet de l'histoire de la mesure des longitudes. Il faut
impérativement tenir compte de l'
erratum
ci-dessous concernant
la page 12 (éd. mars 2006, lignes 6 à 11) qui est
dénuée de sens car ces termes ont
visiblement été confondus. Il faudrait
lire le texte rectifié suivant :
NOTA : nous
vous conseillons de faire un
copier-coller du passage ci-dessous, de l'imprimer et de le coller dans
votre exemplaire de ce livre.
"Si
la latitude
était mesurable à midi par une hauteur de soleil
à l'astrolabe ou à l'arbalète, en
revanche on attendait le canevas de Mercator et la notion de LONGITUDE
croissante pour pouvoir situer le MÉRIDIEN. EN EFFET, si la
LATITUDE était plus facile à porter - tous les
parallèles étant égaux en espacement
et parallèles entre eux - on devait encore attendre
près de trois siècles l'invention du
chronomètre de marine pour déterminer la
longitude avec précision."

Explication : un angle quelconque, mesuré sur une
ligne nord-sud (le long d'un méridien) correspondra toujours
à la même distance quel que soit
la position de l'observateur sur le globe terrestre par rapport
à l'équateur (latitude). En revanche, le
même angle mesuré sur un trajet
parallèle à l'équateur
représentera une longueur différente selon que
l'on est plus proche d'un pôle ou de
l'équateur. La circonférence de la Terre
étant de 40.000 km, un angle de 15°
représente donc 1666,6 km à ce niveau (40.000 /
360 x 15) mais cette distance diminuera de plus en plus en se
rapprochant des pôles. La connaissance de l'heure exacte est
donc indispensabe pour le calcul de la position (voir gravure
ci-contre).
DECLINAISON
Il existe au moins trois formes de déclinaison :
séculaire
(voir ci-après), annuelle et diurne. Ces deux
dernières
ne représentent que quelques
dixièmes de degré et sont
négligeables pour
le calcul d'une route. La déclinaison séculaire
couvre un
domaine autrement plus grand de plus ou moins 25
degrés
environ
de part et d'autre du pôle Nord.
Quelques valeurs de la déclinaison séculaire
mesurée à Paris :
- 1580 : orientale
- 1618 : occidentale, 3° 3'
- 1663 : nulle
- 1814 : maximum occidentale, 24° 34'
- 1874 : occidentale, 17° 30'
- 1ère Guerre mondiale : env. 9° ouest
- début du 21e s. : occidentale, 1° 45.
(On trouvera plus de détails sur le site...)