HISTOIRE - BIBLIOGRAPHIE

1 - Genèse de la boussole
2 - Bibliographie


1 - LA GENÈSE DE LA BOUSSOLE

La magnétite

Photo de g. : minerai à l'état pur (Cliquer sur les photos pour les agrandir).
Voilà la pierre avec laquelle tout a commencé : On peut presque dire comme dans l'évangile "a principio erat..." (en français ... Au commencement était ... la magnétite). Ces cristaux cubiques noirs, brillants, de formule Fe3O4 sont le minerai de fer le plus pur. C’est grâce à leur capacité de transmettre à une aiguille de métal la sensibilité au magnétisme terrestre, qu'on put enfin découvrir le monde au-delà de l'horizon marin. L'aiguille ainsi magnétisée semble toujours s'orienter dans la même direction (en réalité, elle tend à s'aligner sur les lignes de forces du champ magnétique de la Terre). Pour magnétiser les aiguilles, on a longtemps utilisé de gros cristaux enchâssés appelés "pierres d'aimant montées" (photo de droite, Musée de la Marine, Paris).
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L'étude moderne la plus complète et la plus pertinente effectuée sur ce sujet se trouve sur le site internet du Palais de la Découverte. Il s'agit de l'excellent article de Kamil FADEL (mars 2007, n° 340, p. 44-59). Nous présentons ci-après quelques détails complémentaires.

C'est intentionnellement que nous ne parlons pas ici d'invention de la boussole. Si l'on veut tenter d'attribuer une paternité à cet instrument, il faut absolument tenir compte de chacun des aspects de sa genèse. Nous avons par conséquent choisi de citer ici le passage introductif de l'ouvrage d'A. Schück Der Kompass (voir bibliogr.) qui citait lui-même un auteur suédois tout en complétant certaines formules. Nous présentons ici notre propre traduction du texte allemand que Schück avait probablement lui-même rédigé à partir d'une traduction en anglais :
 
(Début de citation)
On ne peut pas parler stricto sensu d'une quelconque invention de la boussole mais plutôt de la découverte d'une force et de l'application de ses effets ayant permis de réaliser des dispositifs précurseurs de la boussole. A. E. Nordenskiöld l'a formulé de manière on ne peut plus claire dans son ouvrage Periplus (traduit en anglais par Francis A. Bather, Stockholm, 1897) VI. Portolano's, p. 47 et svt. :

"Il y a lieu de distinguer quatre étapes :
1) La découverte d'un minéral aux capacités électro-magnétiques, c'est-à-dire capable d'attirer le fer. Il n'en existe qu'une seule sorte en grande quantité à la surface de la Terre, c'est la magnétite.
2) La découverte que l'acier ou le fer trempé peut être magnétisé en le frottant à la magnétite.
3) La découverte que l'aimant ou le fer magnétisé, dès lors qu'il est soutenu ou suspendu de manière à pouvoir se mouvoir librement, indique toujours une même direction ou, plus précisément, forme un certain angle par rapport à l'axe nord-sud.
4) La prise de conscience que cette aiguille aimantée peut servir à s'orienter dans l'espace."
(Fin de citation).

La magnétite en tant que minéral et certaines de ses propriétés (magnétisme, polarités opposées) étaient déjà connues en tant que phénomène physique dans l'Antiquité, tant dans le monde méditerranéen qu'en Extrême Orient.
- Pline l'Ancien (23 apr. J.C. s- 70) cite Nicandre de Colophone qui racontait qu'un berger nommé magnes avait constaté que les clous de ses chaussures et la pointe ferrée de son bâton restaient collés aux rochers du Mont Ida (...magnes appellatus est ab inventore, ut auctor est Nicander in Ida repertus invenisse autem fertur clavis crepidarum, baculi cuspide hærentibus, cum armenta pasceret). Une autre explication donnée par Lucrèce (98-55 av. J.C.) à cette désignation viendrait du nom d'une ville de Lydie où l'on trouvait le minerai en question, Magnesia,  mais il est tout aussi probable qu'elle fut baptisée ainsi justement parce qu'il y avait là le fameux minerai appelé du nom du berger...
- L'histoire au sujet des clous en fer des navires, prétendument arrachés par la force d'attraction des rochers de certaines îles, est relatée par plusieurs sources antiques tant méditerranéennes qu'orientales. Quatre siècles plus tôt, Platon et Démocrite cherchaient déjà à percer le secret de leur fonctionnement.
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Des recherches approfondies ont été effectuées tant par des missionnaires (jésuites) en Chine même, que par des linguistes sinologues européens, en particulier Julius H. Klaproth qui présenta ses résultats un an avant sa mort dans l'opuscule intitulé Lettre à M. le baron A. de Humboldt sur l'invention de la boussole (1834). L'ouvrage de référence le plus complet a lui aussi été réalisé par un auteur allemand (A. Schück, Der Kompass) juste avant la 1ère Guerre mondiale, ce qui explique sans doute qu'il est quasiment inconnu dans le reste du monde. Les rélexions suivantes sont en grande partie basées les résultats de ces chercheurs.

On s'accorde aujourd'hui pour considérer que ce furent les Chinois qui découvrirent la faculté qu'a une tige métallique aimantée de toujours pointer vers une même direction. La représentation de l'espace a toujours revêtu une très grande importance dans la philosophie chinoise car certaines directions ont une valeur positive ou négative (opposition yang/yin ou dragon/phénix). Pour eux, l'aiguille aimantée indiquait donc le sud vers où l'empereur, représentant l'étoile polaire, assis le dos au nord, portait son regard. Cette propriété de la magnétite fut utilisée très tôt, (peut-être même déjà avant notre ère) dans un instrument composé d'une sorte d'assiette carrée et d'une "aiguille" en forme de cuiller à soupe taillée dans de la magnétite dont le manche pointait vers le sud. Cet instrument représentait la "cuillère du Nord", autrement dit la constellation de la Grande Ourse (appelée grande casserole - Big Dipper - en anglais). Il était essentiellement utilisé dans le cadre de l'art divinatoire et de la géomantie (photo: voir WIKIPEDIA / boussole - voir aussi Religion / Tradition chinoise et Feng Shui).
 
La littérature chinoise fait elle aussi état d'un dispositif appelé chariot indicateurs du sud (zhi3 nan3 che1) que de nombreux auteurs ont supposé fonctionner à l'aide du magnétisme terrrestre. Selon la description qui en est faite dans Wikipedia (Chariot pointant le sud), il s'agirait cependant d'un mécanisme sans liaison quelconque avec une boussole.
(Gravure de g. : Chariots indicateur du sud, reproductions extraites de l'encyclopédie San thsaï thou hoei datée de 1609 et (à dr.) de la grande encycl. japonaise - cliquer dessus pour l'agrandir).

C'est vers la fin du 1er millénaire que l'aiguille magnétisée fut utilisée, tout d'abord placée sur un flotteur ou dans un bambou et le tout dans un récipient rempli d'eau. Cette technologie s'est assez rapidement  transmise dans le monde oriental et atteignit la Méditerranée par l'intermédiaire des navigateurs Arabes (cette chronologie reste cependant controversée car les sources sont en latin ou en arabe et parfois ou bien contradictoires ou pour le moins difficiles à interpréter). Le mot boussole pourrait d'ailleurs ne pas venir de l'italien bussolo (boîte en buis) mais de l'arabe el-mouasaléh (pointe, dard), la permutation du son M en B étant attestée dans de nombreux dialectes arabes (Klaproth, p. 29) mais aussi dans les langues latines (voir Giacomo - Jacob). La désignation al-konbas (de l'italien il compasso) apparut bien plus tard, après que l'instrument eut connu une évolution technique majeure décrite plus loin. Cette transmission en soi logique de par la géographie et les contacts commerciaux existant dans l'Océan Indien a en outre été amplement démontrée par les recherches de Klaproth mais le fait qu'il était d'origine allemande d'une part et qu'il démontrait que l'invention n'était pas due à la prétendue supériorité occidentale alors très susceptible en cette époque colonialiste, n'est peut-être pas étranger à la méconnaissance de ses travaux et/ou au rejet de cette théorie jusqu'à aujourd'hui, vu l'absence de citations littéraires datées ayant seules valeur de preuves irréfutables aux yeux de certains. Il est plus simple de répéter à l'envi une idée reçue qui confirme ses propres préjugés que de se lancer dans une étude approndie et ardue. Il semblerait par contre que la connaissance de la version modernisée (compas de mer, voir plus loin) ne se soit pas propagée vers l'est, les navigateurs Arabes utilisant encore à l'arrivée des explorateurs Portugais dans cette partie du monde un type de boussole constitué d'un simple récipient rempli d'eau sur laquelle on posait une lame de métal concave en forme de poisson, capable de flotter comme une coque de bateau et qu'on magnétisait à la demande. Sans doute avaient-ils considéré la boussole comme un gadget, eux qui grâce à leurs excellentes connaissances astronomiques d'une part et à un ciel pratiquement toujours clair dans leurs contrées, étaient passés maîtres dans l'art de naviguer à l'aide des astres et des étoiles.
Par contre, il a été récemment démontré (lire Two early Arabic sources on the magnetic compass) que les Arabes s'en servaient déjà au plus tard au 13e s. pour trouver la direction de la Mecque (qibla).
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APPARITION DE LA BOUSSOLE EN EUROPE

L'une des plus anciennes mentions du compas de marine en Occident se trouve dans une satire en 2700 vers intitulée La Bible datée de 1181. C'est l'œuvre du poète Hugue de Bercy, également connu sous les noms de Guyot (diminituf de Hugue) dit de Provins (ville située au sud-est de Paris qui signa également ses oeuvres sous le nom de Hugo Bertius, Hugue de Berzel etc.) qui l'avait décrit avec une grande précision. Il avait été moine à Clervaux et à Cluny, avait beaucoup voyagé et séjourné entre autres à la cour de l'empereur Frédéric à Mayence. Il reprochait au Pape de n'être pas pour la Chrétienté ce que la boussole est pour les marins. Il parle d'une aiguille que l'on allume quand le ciel est obscur en la touchant avec l'amanière (l'aimant) et qui s'oriente vers l'étoile polaire. Extraits (texte original complet retranscrit) cité par J. Klaproth dans sa Lettre à A. von Humboldt, p. 41):
    Les mariniers qui si navoient (= ainsi naviguent.)
    Par cele estoile vont et viennent (...) 
    Ils l'appellent la Tresmontaigne (= étoile du nord ou polaire) (...)
    Par vertu de l'amanière (= aimant),
    Une pierre laide et brunière
    Où li fer volontiers se joint (...)
    Puis qu'une aguile l'ait touchié
    Et en un festu l'ont fichié
    En l'esve (= eau) la mettent (...)
    Et li festu la tient desus
    Puis se torne la pointe toute
    Contre l'estoile (...)
    Tex devrait estre notre père..
 
Photo de dr.: Extrait correspondant de la Bible de Guyot (éd. de 1200 env. Source: Gallica)


L'autre mention souvent présentée comme la plus ancienne se trouve dans l'ouvrage d'un Anglais qui vécut momentanément à Paris, Alexander Neckam De naturis rerum (De la nature des choses), probablement écrit à Paris en 1190 [Gies, p. 157]. Il était donc contemporain d'Hugue de Bercy et il n'est pas exclu qu'il tenait ses informations de ce dernier.
On notera que le livre de Neckham était plus largement répandu au début du 13e s. (car écrit en latin) que le poème de Guiot critique envers le pape et qu'en 1218 un autre écclésistique qui participa aux croisades, Jacques de Vitry, considérait le compas comme un instrument indispensable pour la navigation en mer (Historiæ Hierosolimitanæ, cap. 89). Son utilisation est aussi attestée en 1225 en Islande. [White, p. 132].
Si l'on tient compte d'une part du fait que cet instrument qui conférait un avantage commercial indéniable à son propriétaire a été gardé secret le plus longtemps possible et qu'il a ensuite fallu un bon nombre d'années avant qu'il ne soit connu de gens n'appartenant pas au monde de la mer, on peut donc raisonnablement estimer que son adoption par les marins méditerranéens eut lieu suffisamment longtemps (milieu du 12e s.) avant qu'il ne soit évoqué dans la littérature et utilisé comme une image évidente compréhensible de chaque lecteur.
(Gravure de dr.:  Le livre des merveilles, Marco Polo, 1307, Bibl. Nat. Paris)

Les différentes étapes de l'évolution technologique consistèrent donc d'abord à magnétiser une fine tige d'acier trempé, à la fixer sur un flotteur de liège ou dans une tige creuse et à la poser ainsi à la surface d'un récipient rempli d'eau. Ce dispositif primitif était généralement appelé calamite en Méditerranée, plus vraisemblablement du nom du roseau dans les langues latines et non pas par analogie de forme avec une grenouille comme l'écrivent certains. Le terme existe encore aujourd'hui dans le nom du crapaud des joncs (voir WIKIPEDIA : crapaud calamite, bufo calamita). La boussole fut aussi appelée la Marinette (voir plus loin la Bible de Guyot) et ceci est bien compréhensible, vu qu'elle était la plus fidèle compagne des marins ! (K. FADEL)
L'instrument tel qu'on le connaît aujourd'hui résulte d'un perfectionnement technologique majeur intervenu probablement au début du 14e s., l'invention du système à pivot, dans lequel l'aiguille fut équipée en son centre d'un dispositif appelé aujourd'hui chape, une sorte de casque ou de dé-à-coudre minuscule. Les besoins de la navigation amenèrent un autre progrès technique, le compas de marine, dans lequel les points cardinaux sont indiqués sous la forme d'une rose des vents dessinée sur un disque mobile fixé à l'aiguille aimantée. Ce dispositif permet au barreur de diriger son bateau plus aisément en alignant un cap prescrit (le rhumb) et un repère ou une ligne dite de foi représentant l'axe longitudinal du navire.
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La légende de Flavio di Gioia

Cette amélioration (voir paragr. précédent) est datée du tout début du 14e. s. (1300). Elle fut très longtemps attribuée à un certain Flavio (di) Gioia qui aurait vécu à Amalfi mais dont l'existence n'est nullement prouvée. En fait, il s'agit là d'une légende résultant au mieux d'une suite d'erreurs de transcription (voir les Citations ci-après). Au cours du 14e et du 15e s., divers auteurs (dont un certain Flavius Blondus) décrivirent la boussole en précisant qu'on n'en connaissait pas l'inventeur. Ce n'est qu'en 1600 que l'historiographe napolitain Scipio Mazzella (in Descrittione del regno di Napoli, Napoli 1588, 2e éd. 1601, p. 65) écrivit que l'instrument avait été inventé par ledit Flavio en précisant même son nom de famille, affirmation sans preuve qui a malheureusement été reprise depuis par la plupart des auteurs qui lui ont succédé. Seuls les chercheurs sérieux l'ont mise en doute. Il n'y a qu'une chose certaine, c'est que la ville d'Amalfi était célèbre pour sa flotte et ses liaisons maritimes avec le Proche Orient, maintenues de manière monopolistique après les croisades, et que cette amélioration technique vient de cette région de la Méditerranée.
Gravure de droite: Der Kompassmacher - le fabricant de compas (Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


CITATIONS

(Le texte suivant est en partie cité et traduit par nos soins du site The Medieval Technology Pages de Paul J. Gans).

"Un manuscrit rédigé sous la dynastie des Han en l'an 83 de notre ère fait état d'une cuiller indiquant le sud. Une autre source datant de la même époque indique que les chercheurs de jade de Cheng utilisaient un chariot indicateur du sud afin de retrouver leur route [Gies, p. 94 - voir bibliographie].
L'utilisation d'aiguilles magnétisées est attestée en Chine depuis le 8ème siècle et il semblerait qu'elles soient devenues une aide à la navigation maritime d'usage commun entre 850 et 1050 [Gies, p. 94].
Un autre auteur [White, p. 132] date cependant leur utilisation un peu plus tard, indiquant que des aiguilles magnétiques étaient en usage dans les années 1089-93 et 1116 pour les besoins de la géomancie et respectivement en 1119 ou 1122 comme compas de marine.

La plus ancienne mention de la boussole dans un document islamique apparaît dans une histoire persanne datant de 1232-33. La première mention en arabe date de 1242. White fait remarquer que le mot arabe pour boussole est al-konbas (de l'italien il compasso), indice supplémentaire de l'origine européenne [White, p. 132]"  mais ce terme se réfère vraisemblablement à la forme modernisée de l'instrument (voir Légende de Flavio di Gioia).

Un autre auteur essentiel, W. Gilbert écrivit (dans De Magnete, London, 1600) : " Dans le royaume de Naples, ce serait un citoyen savant melfitanais du nom de Johannnes Goia qui aurait montré en 1300 comment se servir du compas, comme Flavius Blondus ne manque pas de le souligner à son éloge." De même, Guillaume de Nautonnier écrivait (in La mécométrie, Toulouse T. 1, 1603, p. 8) " Cet instrument dont on avait oublié l'usage a été réinventé par un habitant d'Amalfi du nom de Gioia comme le rapporte Flavius."

Quelques dates-clés de l'histoire de la boussole dans le monde occidental

- Thalès de Milet (6e s. avant notre ère) attribue à la magnétite une âme qui attire le fer.
- Fin du XIe s. : l'historien Islandais Arc Frode (1027-1148) relate dans sa chronique du peuplement de l'Islande Landnamabok que les marins nordiques ne possédaient alors (vers 838) l'instrument utilisé par les marins en Méditerranée qu'il désigne leiderstein c'est-à-dire pierre-guide.
- 1181 : Hugue de Bercy / Guyot de Provins (voir plus haut ) décrit dans son poème connu sous le titre de "Bible de Guyot" la boussole utilisée par les marins français.
- 1269 : Pierre Pèlerin de Méricourt écrit (en latin) : " [la boussole] est l'instrument par lequel tu peux diriger tes pas vers les cités et les îles."
- 1302/1303 : invention du compas de mer (attribuée selon une légende largement colportée) à un pilote de Pasitano (près d'Amalfi, royaume de Naples) nommé Flavio di Gioia. Il aurait eu l'idée de fixer l'aiguille sur un pivot et peut-être aussi un disque de papier à l'aiguille. C'est peut-être de cette époque que daterait aussi la tradition de représenter le nord par une fleur de lys (voir DIVERS/Points cardinaux).
- 1492 : Christophe Colomb constate l'existence d'un écart entre le pôle magnétique et le pôle géographique (déclinaison) alors qu'il se trouve à 200 lieues à l'ouest de l'Île de Fer (Hierro) dans l'Archipel des Canaries.
- XVIe s. : Georg Hartmann, un  prêtre allemand de Nuremberg, étudie la déclinaison et pressent l'existence de l'inclinaison. Les premières mesures exactes de la déclinaison furent exécutées en 1541 à Paris et en 1580 à Londres.
- 1576 : Robert Normann, un fabricant anglais d'instruments de marine signale l'inclinaison.
- XVIIe s. : Burrus, un prêtre de Lisbonne a l'idée de reporter sur une mappemonde les mesures de la variation locale de la déclinaison et les relie par des courbes appelées aujourd'hui isogones. L'astronome anglais Halley (1656-1742) les perfectionnera en 1700 au cours d'une expédition entreprise pour déterminer avec précision la position des colonies anglaises.
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BIBLIOGRAPHIE

Parmi les études anciennes sur le magnétisme et l'invention de la boussole, il faut citer entre autres :
- Cathedral, Forge, and Waterwheel, "Technology and Invention in the Middle Ages" par Frances et Joseph Gies), HarperPerennial, 1995  ISBN 0-06-016590-1
- Medieval Technology and Social Change, par Lynn White, Jr., Oxford, 1962 / ISBN 0-19-500266-0
- The newe Attractive par Robert Norman, 1581
De Magnete par Guiliemi Gilberti / William Gilbert, 1500
- Articles relatifs à la boussole et au magnétisme (aiguille aimantée etc.) de l'Encyclopédie de MM. d'Alembert et Diderot (consultable en ligne ICI).

Lettre à M. le Baron A. de Humboldt  par Julius Klaptroth, 1834 (photo de gauche - consultable en ligne* ICI) - Etude approfondie sur toutes les sources littéraires historiques disponibles (arabes, chinoises etc.). Il en existe des extraits en anglais sur google book : The American Journal of Science and Art, vol. 40, p. 242) et aussi la traduction des 4 premières pages ICI. Cet ouvrage écrit par un  savant allemand pour autre savant allemand a été traduit en allemand et annoté/complété quelque 50 ans plus tard par Arnim Wittstein en 1885 (copie pdf disponible).

* NOTA : Malheureusement Google n'a pas numérisé les planches grand format. Nous serions heureux de vous en fournir des photos si vous avez l'amabilité de faire un petit don (touche Paypal du menu).

Compass (A. Gurner, 2004, anglais, traduit en allemand seulement) - Historique très détaillé du développement des compas de marine

The riddle of the compass (Amir D. ACZEL,  2001, angl.) - Très bon historique du développement de la boussole et remise en question totale de la légende de Flavio de Gioia.

 Der Kompass (A. Schück, 1911-1915, 2 vol., allem.) - A. Schück était un officier de la marine marchande allemande qui consigna au tout début du 20e s. toutes les informations disponibles dans la littérature ancienne sur le développement de la boussole (transcription du texte de Guyot - voir plus haut) ainsi que des gravures représentant des compas de marine tant anciens (musées, coll. priv.) que modernes (Bamberg, Chetwynd etc.) sans oublier la boussole circulaire d'Emile Duchemin. Cet ouvrage est encore aujourd'hui considéré comme la meilleure encyclopédie consacrée essentiellement aux compas de marine. Nous sommes heureux d'en posséder un exemplaire original (photo de dr.) car la version en réimpression en vente depuis 2009 ne reflète en aucune manière le très haut niveau de qualité des gravures : il a apparemment été numérisé avec une résolution très basse et imprimé dans un format réduit d'un quart environ (lien vers photo : vues comparées d'une planche). De plus, les planches du vol. II ont été reliées dans le désordre !

Steady as she goes (A. E. FANNING, 1986, angl.) - Historique détaillé du département des compas de l'Amirauté britannique depuis sa création en 1842 jusqu'à la 2ème Guerre mondiale.

LA BOUSSOLEHistoire d'une pierre et d'une aiguille (Lausanne 1885, 214 p., photo de g.) - Ouvrage intéressant qui prétendait à une certaine exhaustivité. Son auteure officielle est une certaine Mme de C****** mais il s'agit probablement d'un pseudonyme. Il est conçu comme un cours de physique spécialement centré sur le magnétisme. Des 12 chapitres, l'un est entièrement consacré à la métallurgie, expliquant les différents métaux et leur réaction au magnétisme. D'autres traitent en détail des aspects historiques et philosophiques de l'étude du phénomène, insistant notamment sur l'influence désastreuse des croyances religieuses sur les découvertes et la recherche scientifique (voir les tentatives d'explication du phénomène par les philosophes grecs qui au lieu de procéder de façon expérimentale cherchaient des explications surnaturelles, toutes plus saugrenues les unes que les autres). Les aspects linguistiques ne sont pas en reste : un chapitre est consacré à une étude sur l'étymologie des termes aimant, boussole et compas, un autre aux noms des vents dominants etc.
Nota : Il est en ceci particulier qu'il attaque de front l'Eglise catholique, institution jugée coupable de promouvoir l'obscurantisme pour mieux asservir les masses incultes. C'est un document témoin de la lutte que menait le gouvernement laïc sous la IIIe République mais son message est toujours valable aujourd'hui dans plusieurs domaines - dont le créationnisme.

MODES D'EMPLOIS - INSTRUMENTS À USAGE MILITAIRE

Nous possédons de nombreux ouvrages se rapportant aux divers modèles de boussoles françaises, allemandes, anglaises ou étatsuniennes (Air Ministry, Bézard, Breithaupt, Busch, Vion, Winterer, U.S. Army Field Manual etc.). Ils sont cités dans l'article correspondant de ces instruments et certains également dans la boutique du musée (2e partie - Documentation). Certains ouvrages ne sont pas spécifiques d'un modèle donné et en présentent plusieurs comme les diverses éditions du MANUEL / LIVRE DU GRADÉ D'INFANTERIE, les livrets L'ORIENTATION (1952, Cpt. Seignobosc) ou De la BOUSSOLE et de son EMPLOI (1918, Lt. V. - anonyme) ainsi que du Précis de Topographie (Col. Matthieu, 3 vol.).

Il faut également citer ici un texte très rare, le mode d'emploi du cadran solaire à boussole de type dit Butterfield (ou Bion).


Autres ouvrages
On ne compte pas les ouvrages consacrés à ce sujet. Qu'ils s'adressent à un public d'enfants ou de spécialistes, tous sont conseillés s'ils sont en rapport avec le niveau de compréhension des lecteurs, à condition toutefois de tenir compte des informations citées plus haut pour coller au plus près à la vérité historique. Nous citerons en particulier :

La boussole, le nord et l'aimant (O. Sauzereau, 2004) et La boussole (B. Coppin, 1991) - Simple mais très bien fait, pour enfants.

L'Instrument de Marine (Jean Randier, 2006) - Très belles photos et bonnes explications. Un bémol cependant au sujet de l'histoire de la mesure des longitudes. Il faut impérativement tenir compte de l'erratum ci-dessous concernant la page 12 (éd. mars 2006, lignes 6 à 11) qui est dénuée de sens car ces termes ont visiblement été confondus. Il faudrait lire le texte rectifié suivant :
NOTA : nous vous conseillons de faire un copier-coller du passage ci-dessous, de l'imprimer et de le coller dans votre exemplaire de ce livre.

"Si la latitude était mesurable à midi par une hauteur de soleil à l'astrolabe ou à l'arbalète, en revanche on attendait le canevas de Mercator et la notion de LONGITUDE croissante pour pouvoir situer le MÉRIDIEN. EN EFFET, si la LATITUDE était plus facile à porter - tous les parallèles étant égaux en espacement et parallèles entre eux - on devait encore attendre près de trois siècles l'invention du chronomètre de marine pour déterminer la longitude avec précision."

Explication : un angle quelconque, mesuré sur une ligne nord-sud (le long d'un méridien) correspondra toujours à la même distance quel que soit la position de l'observateur sur le globe terrestre par rapport à l'équateur (latitude). En revanche, le même angle mesuré sur un trajet parallèle à l'équateur représentera une longueur différente selon que l'on est plus proche d'un pôle ou de l'équateur. La circonférence de la Terre étant de 40.000 km, un angle de 15° représente donc 1666,6 km à ce niveau (40.000 / 360 x 15) mais cette distance diminuera de plus en plus en se rapprochant des pôles. La connaissance de l'heure exacte est donc indispensabe pour le calcul de la position (voir gravure ci-contre).
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DECLINAISON

Il existe au moins trois formes de déclinaison : séculaire (voir ci-après), annuelle et diurne. Ces deux dernières ne représentent que quelques dixièmes de degré et sont négligeables pour le calcul d'une route. La déclinaison séculaire couvre un domaine autrement plus grand de plus ou moins 25 degrés environ de part et d'autre du pôle Nord.
Quelques valeurs de la déclinaison séculaire mesurée à Paris :
- 1580 : orientale
- 1618 : occidentale, 3° 3'
- 1663 : nulle
- 1814 : maximum occidentale, 24° 34'
- 1874 : occidentale, 17° 30'
- 1ère Guerre mondiale : env. 9° ouest
- début du 21e s. : occidentale, 1° 45.
(On trouvera plus de détails sur le site...)
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